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France, Etats-Unis, Allemagne... Comment a évolué le pouvoir d'achat ces 15 dernières années?

Selon l'OCDE, le pouvoir d'achat du revenu disponible brut a progressé de 8,5% en France entre 2007 et 2021.

Le retour de l’inflation a propulsé le thème du pouvoir d’achat en tête des préoccupations des Français. Une inquiétude légitime alors que la hausse des prix devrait atteindre 5,5% en moyenne sur l'ensemble de l'année. Du jamais vu depuis 1985.

Pour tenter d'atténuer le choc sur le portefeuille des Français, le gouvernement présente ce jeudi à l'Assemblée nationale une loi sur le pouvoir d'achat. Avec différentes mesures censées soutenir les ménages les plus modestes. Pas sûr que cela suffise alors que l'Insee s'attend à voir le pouvoir d'achat baisser sur l'ensemble de l'année. Ce qui serait une première depuis 2013.

Le pouvoir d'achat des Français a malgré tout augmenté en quinze ans. Entre 2007 et 2020, le revenu disponible des ménages (voir encadré) a progressé de 8,5% dans l'Hexagone, selon les chiffres de l'OCDE. Une hausse moindre que celle observée dans d’autres puissances occidentales comme les Etats-Unis (+28%), l’Allemagne (+13%) ou le Royaume-Uni (+10,5%) sur la même période. A l’inverse, les Italiens ont perdu du pouvoir d’achat en 15 ans (-7,6%), de même que leurs voisins espagnols (-5,9%).

Base de calcul du pouvoir d’achat, le revenu disponible brut est le revenu dont disposent les ménages pour consommer, épargner ou investir après opérations de redistribution. Il correspond à l’ensemble des revenus (salaires, prestations sociales, pensions, intérêts…), auxquels sont retranchés les cotisations sociales et impôts directs payés par les ménages.

Son taux de croissance correspond à l’évolution du pouvoir d’achat, à condition qu’il soit exprimé en termes réels, c’est-à-dire une fois l’effet prix éliminé. De fait, le pouvoir d’achat avec 500 euros en 2022 n’est pas le même qu’en 2021 avec la même somme puisque les prix ont augmenté entre temps.

Dans le détail, la France a connu trois années de baisse de pouvoir d’achat du revenu disponible brut ces quinze dernières années. C’était en 2011 (-0,36%), 2012 (-0,83%) et 2013 (-1,6%), notamment en raison des augmentations des impôts ("ras-le-bol fiscal") qui ont suivi la crise financière.

La plus forte hausse a, elle, été observée en 2019 (+2,15%). L’année suivante, grâce au "quoi qu’il en coûte", le pouvoir d’achat des Français est resté stable (+0%) malgré la crise sanitaire du Covid-19.

37.231 dollars de revenu disponible brut par habitant en France

En 2020, c’est aux Etats-Unis que le niveau de vie des ménages était le plus élevé avec un revenu disponible ajusté* par habitant de 58.308 dollars (PPA**). Le Luxembourg (49.861 dollars), la Suisse (43.062 dollars), l’Australie (42.554) et l’Allemagne (42.433) complètent le top 5.

La France se classe dixième avec un revenu disponible ajusté de 37.231 dollars par habitant, soit inférieur de 56% à celui des Etats-Unis et de 14% de celui de l'Allemagne. Elle est en revanche devant le Royaume-Uni (15e, 35.350 dollars), l’Italie (17e, 31.807 dollars) et l’Espagne (23e, 27.557 dollars).

*Pour comparer le pouvoir d’achat dans chaque pays, l’OCDE utilise le revenu disponible brut ajusté des ménages par habitant. Cet indicateur tient compte des dépenses engagées par les administrations publiques (remboursement de frais de santé par la Sécurité sociale, dépenses d’éducation...).

**L'OCDE exprime ses résultats en parité de pouvoir d’achat (PPA). Il s’agit d’un taux de conversion monétaire qui permet de comparer les pouvoirs d’achat des différentes devises. Ce taux exprime le rapport entre la quantité d’unités monétaires nécessaire des pays différents pour se procurer le même panier de biens et de services.

Les limites de la mesure du pouvoir d'achat

La mesure du pouvoir d’achat est régulièrement contestée en ce sens qu’elle coïncide rarement à la perception des ménages. L’une des explications tient au poids du logement dans le calcul de l’indice des prix. En 2022, ce poste de dépenses pesait 15,5% dans le panier de biens et services constitué par l’Insee pour mesurer l’évolution des prix. Si ce niveau peut paraître faible, c’est parce que l’institut de la statistique exclut le remboursement des prêts immobiliers, considérant ceux-ci comme des investissements.

La deuxième raison qui peut expliquer l’écart entre le ressenti des ménages et la mesure statistique du pouvoir d’achat repose sur le fait que l’indice des prix est fondé sur un panier moyen qui ne correspond pas aux habitudes de consommation de chaque consommateur. Si bien que certains peuvent, à raison, dire que leur pouvoir d’achat a baissé alors que le pouvoir d’achat en moyenne au niveau national a augmenté.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco