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Pourquoi le nombre de PV est en chute libre

S'en prendre directement aux caisses de l'État: c'est le moyen choisi par les policiers pour se faire entendre. Depuis octobre 2016, ils ont levé le pied sur les verbalisations, pratiquant le "service minimum". Les premiers chiffres sont éloquents.

Certains fonctionnaires de la police nationale veulent toucher l'État au portefeuille. Révolté par l'attaque au cocktail Molotov contre quatre policiers dans l'Essonne, début octobre 2016, le puissant syndicat Alliance a appelé ses adhérents à lever le pied sur les verbalisations.

"La gravité des faits appelle à une action dans la durée et seul le service minimum constitue le vrai rapport de force". Il s'agit "de ne traiter que les urgences et les cas graves" dans les commissariats et de "faire l'impasse sur un stationnement gênant par exemple", a précisé le syndicat qui laisse à chaque policier "l'opportunité" de ses "moyens d'action".

Si ce n’est pas la première fois qu’un syndicat de policiers les appelle à une "grève du zèle" ou un "service minimum", les effets en sont souvent difficiles à mesurer. Or, d'après des documents du ministère de l'Intérieur que BFM Business s'est procurés, la baisse des verbalisations est vertigineuse, selon des chiffres portant sur la France entière, hors agglomération parisienne. Les contraventions dressées par les policiers sont en chute libre au mois de novembre 2016 par rapport à novembre 2015.

Les statistiques sont à l'avenant: -32% pour la verbalisation des stops "grillés", -33% pour les délits liés l'alcool, -46% pour les excès de vitesse, -52% pour les feux rouges brûlés et -54% pour les infractions liées au téléphone portable... Une autre source syndicale explique que dans le département de Charente-Maritime certains commissariats envisagent "le 0 PV".

Selon les documents consultés par BFM Business concernant l'agglomération parisienne, c'est-à-dire la ville de Paris ainsi que celles de la petite couronne, le mardi 6 décembre 2016, lors de la première journée de circulation alternée, 1.700 procès-verbaux ont été dressés. À titre de comparaison, en mars 2015, ce sont 3.500 PV qui avaient été distribués, en une seule journée, lors de l'application de cette mesure. 

D'après nos informations, alors que 1.705 contraventions ont été dressées en novembre 2015 dans le département du Val-de-Marne, il n'y en a eu que 170 en novembre 2016. Dans ce même département, 9 délits routiers ont été verbalisés en novembre 2016, contre 150 en novembre 2015.

"Ce service minimum", espèrent les policiers, devrait conduire le gouvernement à honorer plus rapidement ses engagements humains et matériels: véhicules, gilets pare-balles, armes ou nouveaux ordinateurs...

Mais il n'est pas question pour autant de toucher aux services d'urgence: "Le 17 répondra en toute circonstance" affirment les policiers que nous avons contactés. Reste que la verbalisation, sans compter la manne que rapportent les radars à l'État, chaque année, représente un peu plus de 1 milliard d'euros de recettes pour l'État. "Si on ne nous écoute pas", menace un policier, "on passera en janvier 2017 à une activité 0!"

Jean-Baptise Huet et Justine Vassogne, édité par F.Bergé