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Polytechnique se réinvente pour faire taire les critiques

Cycle "bachelor" pour 2018, augmentation du nombre d'étudiants étrangers, création de masters. Pour le président de l'X, Jacques Biot, ce projet dépasse ses espérances.

Cycle "bachelor" pour 2018, augmentation du nombre d'étudiants étrangers, création de masters. Pour le président de l'X, Jacques Biot, ce projet dépasse ses espérances. - Stéphane de Rakutin - AFP

Le rapport de Bernard Attali n’a pas laissé Polytechnique sans réponse. La prestigieuse école se lance dans une réforme offensive avec une enveloppe de 60 millions d’euros pour affirmer sa réputation mondiale.

Parfois, un électrochoc vaut mieux que de simples conseils amicaux. Pour l’école Polytechnique, cet électrochoc a été le rapport de Bernard Attali qui, en juin dernier, l’épinglait sur son fonctionnement et son manque de vision d’avenir. Certains ont même cru que ce travail commandé par le Premier ministre en 2014 était un moyen, non pas de réformer, mais de casser cette école considérée comme trop élitiste et éloignée des réalités du terrain.

Au vu des réformes mises en place, l'X veut montrer qu’elle est capable d’évoluer en développant son aura au-delà de nos frontières. C’est en substance les projets présentés mardi par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, venu à l'école présenter le nouveau plan stratégique aux côtés de son homologue de l'Économie Emmanuel Macron et du secrétaire d'État chargé du Supérieur Thierry Mandon.

Pour le ministre de la Défense, l'objectif des réformes est de "préserver l'excellence de cette école" et de "renforcer les liens entre l'école et la Défense", voire "la Nation". Et pour cela, le budget sera revu à la hausse avec une enveloppe supplémentaire de 60 millions d'euros sur cinq ans.

"Bachelor", masters et pôle d'étude de guerre

Le ministre a annoncé la création d'un cycle post-bac dit "Bachelor" (3 ans d'études) et de masters au sein de l'École polytechnique, clouée au pilori six mois plus tôt dans le rapport qui soulignait le "manque de souffle, d'élan, d'ambition clairement assumée" de cette institution.

Les deux formations permettront d'élargir à l'international le recrutement de l'école, et ainsi porter le nombre d'étudiants étrangers à environ 60% d'une promotion, moyennant une inscription à 10.000 euros annuels environ pour le "Bachelor". Un montant équivalent à celui pratiqué par les plus grandes écoles anglo-saxonnes, a souligné la direction de l'X.

Toutefois, la création de ces nouvelles formations ne permettra pas aux étudiants inscrits d'accéder automatiquement à la formation d'ingénieur à l'issue de leurs masters et du Bachelor: ils devront tout de même passer le concours classique.

Un "pôle d'études de guerre", avec notamment des cours de géopolitique en partenariat avec l'IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale), sera également créé.

La solde maintenue avec des contreparties

Jean-Yves Le Drian a par ailleurs annoncé la création d'un "internat d'excellence" sur le plateau de Saclay (au sud de Paris) pour prendre en charge et accompagner jusqu'à 60 élèves boursiers de classes préparatoires vers des formations prestigieuses. Pour le président de l'X, Jacques Biot, "ce projet va encore plus loin que nos ambitions initiales".

Ces annonces sont de bon augure pour la direction de l'établissement, d'autant plus que certaines préconisations du rapport Attali ont été abandonnées: la solde versée aux étudiants officiers sera maintenue, ainsi que le classement des élèves à l'issue de leur formation.

Les quelque 2.000 étudiants de cette école militaire ont le statut d'officiers sous contrat et perçoivent une solde (près de 500 euros par mois) pendant leurs études, s'engageant en contrepartie à travailler dix ans dans un corps de l'État à leur sortie d'école.

Un décret publié au Journal officiel fin mai oblige dorénavant les élèves de l'X à rembourser leurs frais de scolarité (environ 45.000 euros), "la pantoufle", s'ils ne répondent pas à cette exigence.

Pascal Samama, avec AFP