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Le logiciel Louvois fait encore des siennes

Soldats français en opération extérieure

Soldats français en opération extérieure - Miguel Medina-AFP

"L'armée n'en a toujours pas fini avec les déboires de son super logiciel de calcul des soldes des militaires Louvois. Selon des chiffres inédits, il aurait encore coûté près de 30 millions l'an dernier, et près de 500 personnes sont mobilisées pour rattraper ses erreurs."

En 2017, le ministère de la Défense devrait enfin disposer d'un nouveau système performant de paie pour ses quelque 180.000 militaires. 

Baptisé Source Solde, ce nouvel outil doit remplacer le calamiteux logiciel Louvois lancé en 2011 et arrêté officiellement l'an dernier par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, après avoir coûté aux contribuables plus de 400 millions d'euros en pure perte et s'être attiré les foudres de la Cour des comptes. 

Mais Louvois n'en a toujours pas fini de pourrir la vie des militaires qui ne reçoivent pas toujours en fin de mois ce qui leur est dû. Ni celle des responsables des armées qui doivent gérer les bugs à répétition depuis 4 ans.

232 vacataires

Selon Anne-Sophie Avé, la DRH des armées, qui était auditionnée lors d'une récente séance de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, "on peut évaluer (les surcoûts) pour 2015 à 26,7 millions d’euros."

Et d'ajouter que pour rattraper les erreurs du logiciel en fin de vie, "ce sont 150 emplois équivalents temps plein qui sont spécialement mobilisés à Nancy, 44 à Toulon, 25 pour le centre de maintenance interarmées de la solde, 27 au service ministériel opérateur des droits individuels au sein du commissariat aux armées, ainsi que 232 vacataires". Soit au total 478 personnes! L'an dernier, le nombre de vacataires n'était que de 200 personnes. 

375 millions de trop versés l'an dernier

Toujours en 2015, 375 millions d’euros d’indus ont été notifiés, selon Anne-Sophie Avé. En clair, des trop perçus versés à certains militaires qu'il faudra ensuite leur réclamer, mais sans être certains de pouvoir les récupérer. À l'inverse, 348 millions d’euros d'indus des années précédentes ont été mis en recouvrement et 210 millions d’euros ont été encaissés. 

"Le désastre est aussi et surtout social, car la confiance est entamée entre l’administration et les militaires ou leurs familles, d’autant que les erreurs tombent souvent sur ceux qui sont engagés en OPEX, loin de chez eux", reconnait la DRH de la Défense.

La retenue à la source inquiète l'armée

Dans ce contexte, le projet de la retenue à la source décidé par le gouvernement risque d'être plus que sportif à mettre en oeuvre dans l'armée. "Cela n’est pas la meilleure nouvelle qui soit", reconnaît Anne-Sophie Avé.

Si cette retenue à la source est bien mise en œuvre au 1er janvier 2018, elle interviendra en effet en même temps que le passage de la marine sur le nouveau logiciel Source Solde.

Mais l’armée de terre utilisera toujours Louvois, auquel il faudra donc intégrer la retenue à la source. Enfin, l’armée de l’air sera encore sur l’ancien dispositif de gestion de paie antérieur à Louvois. En clair, trois systèmes de gestion de paie dans lesquels il faudra intégrer les données fiscales. 

"Nous n’avons pas encore de visibilité sur les détails de l’opération, mais d’autres ministères doivent être inquiets aussi", conclut la DRH. 

P.C