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Déficits: il sera difficile de les ramener à 3% du PIB

François Hollande reconnaît que le déficit atteindra 3,7% fin 2013.

François Hollande reconnaît que le déficit atteindra 3,7% fin 2013. - -

François Hollande a annoncé, mardi 12 mars, que le déficit public de la France atteindrait 3,7% en 2013 contre 3% annoncés. Il faudra attendre 2014 pour arriver à ce chiffre. Réaliste ?

Le président de la République l’a reconnu lors de son "road show" en Bourgogne le 13 mars : ce n’est pas un an mais deux qu’il faudra à la France pour ramener son déficit public de 4,5% à 3% du PIB. Ce n’est que fin 2014 que "la limite maastrichtienne" serait atteinte, après un point d’étape à 3,7% fin 2013.

Bien sûr, ce choix d’une trajectoire deux fois moins abrupte que prévue après l’élection présidentielle s’explique par la dérobade de la croissance. Avec une progression de l’activité de 0% seulement au lieu de 0,8% trop longtemps espérée par Bercy pour 2013, plus de la moitié des 0,7% de PIB qui manquera à l’appel en fin d’année proviendra de l’absence de croissance.

Et vouloir tenir l’objectif de 3% dès la fin de cette année se serait avéré contreproductif en ne faisant qu’affaiblir davantage l’activité économique.

La France n'a jamais respecté ses promesses

Néanmoins, il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas parce que l’effort de rigueur s’étale sur deux ans au lieu d’un que la cible des 3% sera facile à atteindre en 2014.

D’abord parce que l’objectif affiché, pour contenter Bruxelles, sera inférieur à 3% du PIB (sans doute 2,8%). Ensuite parce que la France n’a jamais respecté, depuis que l’euro existe, les promesses de réduction des déficits faites à Bruxelles. Même quand l’effort était moindre que celui promis pour l’an prochain. Souvent par manque de volonté pour entreprendre les grandes réformes...

Il n’y a qu’entre 1995 et 1997, avec Alain Juppé à Matignon, que les déficits ont reculé davantage que les 1,5 à 1,7 point attendu entre 2012 et 2014.

Mais les leviers sur lesquels agir pour tenir les déficits sous contrôle sont bien plus difficiles à manœuvrer qu’à l’époque. Augmenter les impots ? La Cour des Comptes a averti que le seuil de tolérance avait été atteint, et qu’il fallait désormais privilégier la réduction des dépenses. Or même sur la dépense, au vu des efforts faits ces dernières années, il ne reste plus guère de marge de manœuvre si l’on raisonne à organisation et à périmètre constant d’intervention de l’Etat. La plupart des fonds de tiroir ont déjà été raclés. 

Réforme de l'Etat

Seule issue pour se redonner des marges de manoeuvre, et surtout préserver le crédit que nous font encore les marchés financiers : la réforme de l’Etat promise régulièrement par tous les gouvernements depuis 40 ans. Le Chef de l’Etat a évoqué une nouvelle réforme des retraites. Jean-Marc Ayrault a lancé la réflexion sur l’organisation des collectivités locales.

Mais ce ne sont que des jalons. L’approche reste timide. Et l'on se met alors à craindre que le gouvernement cède, comme tant de ses prédécesseurs, à la pire des tentations : compter sur le retour de la croissance en 2014 pour redresser les comptes publics !

Emmanule Lechypre