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Comment l'Etat a perdu un milliard avec la paie des fonctionnaires

La gestion centralisée de la paie de 2,5 millions d'agents de l'Etat a tourné au fiasco

La gestion centralisée de la paie de 2,5 millions d'agents de l'Etat a tourné au fiasco - Anne-Christine Poujalat -AFP

Selon deux sénateurs UMP et PS, l'Etat a investi près d'un milliard d'euros en pure perte pour mettre en place un système centralisé de paie de ses 2,5 millions d'agents qui ne verra jamais le jour. Un nouveau bug administratif après celui de la paie des militaires.

Vous avez aimé le fiasco du logiciel Louvois de paie des militaires dont le ministre de la Défense a annoncé la suspension fin 2013 après 400 millions d'euros dépensés en pure perte. Alors, vous apprécierez le "désastre" du super-logiciel qui devait gérer la paie des 2,5 millions d'agents de l'Etat. 

Lancé en 2007 pour une mise en service espérée en 2017, "SI-Paye", son nom administratif, été mis en sommeil discrètement au printemps par le gouvernement. Près de 500 personnes ont pourtant travaillé sur ce projet durant cinq ans.

Eviter de nouvelles dépenses

Si l'on intègre l'adaptation des logiciels de paie des différents ministères, alors le coût total de ce programme qui ne verra jamais le jour "serait proche d'un milliard d'euros", écrivent deux sénateurs, l'UMP Michel Bouvard et le PS Thierry Carcenac, dans un récent rapport parlementaire mis en ligne sur le site du Sénat. 

De son côté, la député socialiste Karine Berger note dans son rapport sur les crédits 2015 de Bercy que la décision du gouvernement d'arrêter les frais "évite près de 200 millions d'euros de dépenses budgétaires pendant les quatre prochaines années". Effectivement, il valait mieux limiter la casse.

1.700 primes à intégrer

Au départ, les intentions gouvernementales étaient pourtant louables. Il s'agissait de remplacer les 8 services de paie des ministères dotés chacun de leur spécificité par un opérateur public unique disposant d'un logiciel performant. A terme, l'Etat espérait réaliser 200 millions d'euros d'économies par an, en supprimant 6.000 des 10.000 emplois de fonctionnaires affectés à la paie des agents. On comprend pourquoi les syndicats de fonctionnaires se sont toujours opposés à ce projet.

Mais les initiateurs du projet ont vu trop grands. Le futur logiciel était visiblement trop complexe à manier. Certains ministères, comme l'Agriculture, n'arrivaient même pas à se connecter au nouveau système. "SI-Paye" devait par exemple calculer directement le montant des 1.700 primes des fonctionnaires alors que celles-ci dépendent de chaque ministère qui veille jalousement sur elles.

Selon le directeur interministériel des systèmes d'information de l'Etat, Jacques Marzin, le logiciel n'aurait pas pu être vraiment opérationnel avant....2023. " Un projet interministériel dont la durée est prolongée de sept à huit ans devient un objet dont la bonne fin est extrêmement aléatoire", concédait-il en terme tout administratif devant le Sénat en mai dernier.

Le logiciel Chorus aura également coûté un milliard

Les projets informatiques coûtent toujours cher à mettre en oeuvre. Mais avec l'Etat, on peut dire que c'est particulièrement coûteux. Ainsi d'un autre projet, Chorus, le logiciel de la comptabilité de l'Etat qui est entré progressivement en service depuis 2008. Toujours, selon la députée socialiste Karine Berger, le coût global du projet atteint 995 millions d'euros. Bonne nouvelle toutefois, le coût initial était estimé à 1,1 milliard.

Mais ses deux collègues sénateurs UMP et PS sont plus dubitatifs. "Si le déploiement de Chorus est aujourd'hui terminé, la question du retour sur investissement reste entièrement posée", écrivent-ils dans leur rapport budgétaire.

La Direction des systèmes d'information et de communication placée auprès de Matignon doit "améliorer considérablement le pilotage des chantiers informatiques de l'Etat", ajoutent-ils. On ne saurait mieux dire.

Patrick Coquidé