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Arnaud Montebourg évoque un désengagement de l'Etat actionnaire

Pour Arnaud Montebourg, l'Etat pourrait se résoudre à vendre les bijoux de famille

Pour Arnaud Montebourg, l'Etat pourrait se résoudre à vendre les bijoux de famille - -

Dans une interview au Wall Street Journal, ce 5 avril, le ministre du Redressement productif évoque des cessions de participations détenues par l'Etat. Et ce, quelques jours avant la présentation de la nouvelle trajectoire des finances publiques françaises à Bruxelles.

Est-ce un simple hasard ? Ce vendredi 5 avril, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a déclaré dans une interview au Wall Street Journal que "dans le cadre de la restructuration budgétaire et la modernisation des politiques publiques, nous réfléchissons en effet à un changement de nos participations".

Cette déclaration survient à 12 jours de la présentation de la nouvelle trajectoire des finances publiques françaises devant la Commission européenne. Le gouvernement français devra alors donner des gages de bonne volonté à Bruxelles afin d'obtenir un délai d'un an pour ramener son déficit public à moins de 3% en 2014.

L'entourage du ministre a ensuite minimisé la portée de ces déclarations, en affirmant à l'AFP: "aucune cession, ni a fortiori évidemment privatisation d'entreprise stratégique de l'Etat, n'est aujourd'hui à l'ordre du jour".

"Arnaud Montebourg n'a fait que réitérer une doctrine constante de l'Etat actionnaire selon laquelle l'Etat ne s'interdit pas de céder les participations qu'il détient au-delà des seuils fixés par la loi dans certaines entreprises", a-t-on assuré.

Les cessions ont déjà commencé

Mercredi 27 mars en tout cas, l'Etat a déjà décidé de réduire sa participation dans l'équipementier aéronautique Safran. Il a ainsi cédé 3,12% du capital de l'entreprise, ce qui lui permet de profiter en partie de la hausse du cours de l'action de Safran, qui a bondi de 40% en 2012. Il conserve toutefois un peu plus de 27% des titres de l'entreprise. Gain pour les caisses publiques: 448 millions d'euros.

L'Etat devrait donc guetter l'évolution des cours de Bourse des différentes entreprises où il est actionnaire pour procéder à des cessions qui lui seraient profitables.

Au regard de la relative reprise des marchés, ces derniers mois, 2013 pourrait être l'année où l'Etat commence à vendre une partie des bijoux de famille pour dégager des moyens budgétaires. En 2011 et 2012, aucune cession n'avait été effectuée. Le budget 2013 évalue à 100 millions d'euros les dépenses prévues pour rémunérer les banques conseils qui assisteraient l'Etat à réaliser des cessions.

Plus de 60 milliards d'actifs

L'Etat actionnaire est à la tête d'un coffre-fort de 60,3 milliards d'euros, en termes de capitalisation boursière, soit 10% du CAC40. Au total, selon le rapport relatif à l'Etat actionnaire, annexé au projet de loi de finances pour 2013, l'Etat reste présent au capital de 58 groupes ou entreprises.

Globalement, ces participations rapportent à l'Etat, et elles le feront même un peu plus en 2013 qu’en 2012. Le Budget 2013 table ainsi sur 7 milliards d'euros de dividendes, contre 4,4 milliards l'an passé.

La seule présence de l'Etat au capital de grands groupes publics ou privatisés (EDF, GDF Suez, Areva, Renault, Air France....) devrait rapporter 4,3 milliards d'euros, contre 3,1 milliards d'euros en 2012, pour un taux de rendement qui ne devrait pas être meilleur que celui de l'année précédente (3,27%).

Le reste, 2,3 milliards d'euros, proviendra des participations de l'Etat dans les établissements financiers, principalement la Banque de France, la Caisse des dépôts et la Caisse nationale de prévoyance.

Le titre de l'encadré ici

|||Valeur des principales participations de l'Etat
(valorisation au 31/11/2011, en milliards d'euros)

> Banque de France : 26,3
> EDF : 26 > CdC : 24,5 > GDF Suez : 12,1 > France télécom : 9,1 > SNCF:  7 > La Poste : 5,2 Source : loi de règlement 2011

Julien Marion avec AFP