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Entrepreneuriat: 28% des entreprises créées par des femmes

Les femmes n'osent pas toujours recourir au crédit ou aux fonds d'investissement.

Les femmes n'osent pas toujours recourir au crédit ou aux fonds d'investissement. - -

Moins d'une entreprise sur trois est créée par une femme. Un chiffre qui peut s'expliquer par un manque de financement mais aussi par un certain manque d'audace. "Il faut oser", estime ainsi Marie-Claire Capobianco, de BNP Paribas.

Tous les voyants semblent au vert pour que se développe l'entrepreneuriat au féminin. 80% des femmes françaises âgées de 25 à 49 ans travaillent: il s'agit d'un des taux les plus élevés d'Europe, selon le ministère de l'Economie. Les femmes pensent par ailleurs à 69% que la création d'entreprise est plus épanouissante que le salariat.

Malgré cela, en 2010 et 2011, seules 28% des entreprises créées l'ont été par une femme. Le nombre des créatrices d'entreprises a considérablement augmenté ces dernières années, mais leur part dans le total des créations n'a pas beaucoup crû. Les femmes sont handicapées par leur propre frilosité mais aussi par celle des investisseurs.

Les femmes moins bien financées

Pourtant, les performances féminines à la tête de leurs entreprises sont très bonnes: "la réussite est la même: 66% des entreprises dirigées par des femmes au bout de trois ans sont toujours là (69% pour les hommes)", a ainsi indiqué Marie-Claire Capobianco, responsable de la banque de détail en France de BNP Paribas, à BFM Business.

Comment expliquer alors ce manque de financement, analysé chaque année par le Women equity for Growth, qui publie le baromètre annuel de la féminisation des portefeuilles du capital investissement en France?

"15% des PME sont dirigées par des femmes. Alors qu'elles affichent des performances supérieures en moyenne à celles de leurs homologues masculins, elles ne concentrent que 4% des opérations menées par les acteurs du capital investissement", regrette ainsi Dunya Bouhacene, présidente de cette organisation qui analyse et accompagne le financement des entreprises de croissance en France.

Manque de réseau

"Les investisseurs cherchent à reproduire leurs succès d’hier, établis sur certains secteurs d’activité, certains profils d’entreprise et profils-types de dirigeants associés. Les femmes forment à cet égard des exceptions au modèle de dirigeant de PME auxquels sont habitués les investisseurs", indique Dunya Bouhacene.

Il y aussi le problème du manque de réseau: "La majorité des opportunités d’investissement évaluées par les investisseurs proviennent d’intermédiaires qui les identifient dans les réseaux d’affaires organisés: ces dossiers sont qualifiés, ce qui permet aux investisseurs d’accroître leur sélectivité. Mais les femmes dirigeantes sont traditionnellement absentes de ces réseaux".

Un relatif isolement

Les femmes sont parfois réticentes à pallier ce manque par le développement de contacts professionnels: "Pour des raisons historiques et des contraintes d'agenda liées à la répartition des charges familiales qui prédominent encore, elles sont peu présentes dans les organisations syndicales, professionnelles, etc", indique la présidente du Women Equity for Growth.

"Chaque minute de leur temps étant rationalisée, les femmes ne se projettent pas dans ces activités, dont le retour sur investissement est peu mesurable", ajoute Dunya Bouhacene. "Ce relatif isolement les conduit à n’intégrer que rarement la possibilité de recourir aux investisseurs, qu’elles ne connaissent pas, dans leurs projets de développement."

Dimension psychologique

La dimension psychologique joue donc beaucoup dans l'accès au financement: "Les femmes ne se projettent pas, elles n'intègrent pas la possibilité de recourir aux investisseurs", analyse Dunya Bouhacene.

"Quand on regarde la constitution des entreprises dirigées par les femmes, c'est vrai que globalement (elles) empruntent moins, ont besoin d'être beaucoup plus sûres de ce qu'elles font de leur business avant de voir plus loin. C'est parfois un défaut", ajoute Marie-Claire Capobianco.

Selon elle, le 'plafond de verre' est aussi dans la "psychologie des jeunes femmes". "Ce qu'il faut, c'est oser", assure la responsable de la banque de détail en France de BNP Paribas.

Le titre de l'encadré ici

|||> 820.000 entreprises de moins de dix salariés sont dirigées par une femme.
> 295.000 femmes auto-entrepreneures.
> Les femmes entrepreneures ont en moyenne 48 ans.
> Elles déclarent travailler en moyenne 50 heures par semaine, soit moins que ce que déclarent les hommes.

Maxence Kagni