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Sylvie Pierre-Brossolette: "Sur certains plateaux, je servais presque d'alibi"

Sylvie Pierre-Brossolette est membre du CSA.

Sylvie Pierre-Brossolette est membre du CSA. - -

Les inégalités entre les hommes et les femmes existent dans toutes les entreprises, y compris audiovisuelles. Ancienne journaliste et membre du CSA, Sylvie Pierre-Brossolette lutte contre ce phénomène en essayant notamment de pousser les chaînes de télévision à accorder plus de place aux femmes.

Sylvie Pierre-Brossolette, ancienne rédactrice en chef du Point, est aujourd'hui membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Présidente du groupe de travail "Droits des femmes" au sein du CSA, elle constate que le chemin est encore long pour atteindre la parité sur les plateaux de télévision. Cette ancienne journaliste place cependant beaucoup d'espoirs dans la loi sur l'égalité hommes-femmes, qui donnera davantage de pouvoirs à son institution pour lutter contre les stéréotypes et les disparités.

A quoi sert le groupe de travail "Droits des femmes"?

Ce groupe a été créé il y a un an et demi, au moment de mon arrivée au CSA. Nous avons décidé de sortir cette problématique du groupe de travail "Diversité", parce que nous, les femmes, nous ne sommes quand même pas une minorité!

Le rôle de ce groupe a notamment consisté à préparer des propositions qui ont été retenues pour la plupart par le gouvernement dans la loi sur l'égalité hommes-femmes. Le nouveau texte, grâce à son article 16, donnera au CSA la double mission de s'assurer de la juste représentation des femmes à l'écran et de lutter contre les stéréotypes. Cela permettra de nous donner plus de poids dans notre dialogue avec les chaînes.

Quels sont les problèmes que vous ciblez?

Parallèlement à notre travail de proposition, nous avons mené des études sur le nombre de femmes présentes à l'antenne, sur les femmes invitées en tant qu'expertes... Les résultats étaient consternants. Mais avant même la loi, France Télévisions s'est engagé à présenter sur ses plateaux télévisés au moins 30% de femmes avant la fin 2014 et 35% avant la fin 2015.

Les autres chaînes s'engagent-elles aussi?

Nous avons demandé à toutes les chaînes quels sont les engagements qu'elles sont prêtes à remplir lors de l'année 2014. Certaines ont été plus enthousiastes que d'autres. Mais elles ont spontanément évoqué les questions de la place des femmes au sein des entreprises de presse et de leur salaire: ce sont des problématiques très sensibles qui existent aussi dans les médias de l'audiovisuel.

Les femmes sont-elles audibles à la télévision?

Il y a un déficit de représentation des femmes sur les plateaux de magazines d'information. On remarque surtout qu'elles ont la parole pour très peu de temps, on les coupe très régulièrement. Leur discours est parfois tellement interrompu, que leur parole n'a plus de sens. La situation n'est pas acceptable.

Comment expliquer ce phénomène?

Mes ex-confrères (les journalistes hommes, ndlr) font parfois dans la facilité: les hommes sont d’avantage publiés par les maisons d'éditions, certains ont déjà leur rond de serviette dans des émissions... Les femmes aussi parfois, 'ne se poussent pas assez', il faut aller les chercher. Pourtant, dans tous les secteurs (Barreau français, Académie des sciences, Enseignement, Recherche...), elles sont présentes et avec quelle autorité!

Et il y a aussi le fait que certains hommes sont parfois mal élevés. J'ai moi-même fait cette expérience quand j'étais journaliste. Sur certains plateaux, je servais presque d''alibi'. Cela m'a pris des années et des années pour que je m'autorise à couper, moi aussi, la parole aux autres.

Hormis le recours à la loi, que peut faire le CSA pour lutter contre ces disparités?

Il faut faire tout un travail de sensibilisation. Il faut voir les acteurs au maximum: les responsables de chaîne, les réalisateurs, les producteurs,... Nous réalisons également actuellement trois enquêtes que nous rendrons publiques en juillet sur la place des femmes dans les fictions, dans la télé réalité et dans les films d'animation. Nous avons dénombré des problèmes, y compris dans les programmes qui ont l'air le plus correct. Les personnages féminins ont souvent un rôle compassionnel, sacrificiel, même quand elles sont des héroïnes.

Maxence Kagni