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Discrimination à l'embauche: le gouvernement rechigne à pointer du doigt les entreprises épinglées

Une part importante de la population a déjà été confrontés à de la stigmatisation

Une part importante de la population a déjà été confrontés à de la stigmatisation - rawpixel - AFP

Selon une opération de testing effectuée il y a un an, les candidats ayant un nom à consonance étrangère auraient 20% de chance en moins de recevoir une réponse. Le gouvernement préfère pour le moment contacter les entreprises concernées plutôt que de révéler publiquement leur nom.

Le gouvernement est très prudent avec le "name and shame". Cette pratique en vogue (notamment à Bercy) qui consiste à rendre public le nom d'une entreprise qui a des pratiques condamnables, afin de lui faire une mauvaise publicité n'est pas pour le moment à l'ordre du jour sur les discrimination.

Le gouvernement a en effet mené une grande campagne de testing entre novembre 2018 et janvier 2019 en France, rappelle France Inter. Au total, 17.600 fausses candidatures et demandes d'informations ont été envoyées sur la période à 103 grandes entreprises dans six régions françaises. Chaque candidature était doublée: l'une envoyée avec un patronyme d'origine maghrébine, l'autre avec un nom d'origine française.

Le résultat montre une préférence des recruteurs pour les candidats au nom français. Les candidatures avec un nom étranger ont en effet 20% de chances de moins de recevoir une réponse à une offre d'emplois et 30% de moins lorsqu'il s'agit d'une candidature spontanée. 

Et sur les 103 entreprises testées, une quinzaine auraient des pratiques massivement plus discriminatoires que les autres. Mais joint par France Inter, le ministère du Logement et de la Ville, en charge de ce dossier, est réticent pour l'heure à rendre public les noms des entreprises. Le gouvernement a ciblé une quarantaine d'entreprises problématiques avec lesquelles il compte d'abord travailler avant d'éventuellement les dénoncer publiquement.

Les entreprises qui pratiquent le plus la discrimination seraient plus grosses que la moyenne des entreprises testées. Elles sont donc plus attractives et reçoivent plus de candidatures, ce qui pourrait les exposer davantage à la discrimination, les recruteurs passant moins de temps à étudier les CV. 

Mais ce choix du gouvernement est loin de faire l'unanimité. "Une opération de testing a été financée par l'État et on ne nous donne pas les résultats ! Qu'est-ce qui se passe ? La notoriété des entreprises est tellement grande qu'on ne peut pas se permettre de les dénoncer ?", s'interroge Samuel Thomas, de la Fédération des maisons des potes.

Emmanuel Macron avait promis lors de sa campagne ainsi qu'au cours d'un discours prononcé à Tourcoing sur le thème de la politique de la ville que l'Etat allait mener des opérations de testing afin de "pénaliser les discriminations à l'embauche et à rendre publics les noms des entreprises les plus délinquantes en la matière". Il a semble-t-il choisi pour le moment des mesures plus discrètes.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco