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Depuis 20 ans, les cadres encadrent de moins en moins

Les cadres travaillent en moyenne 75 heures de moins par an par rapport au milieu des années 1970

Les cadres travaillent en moyenne 75 heures de moins par an par rapport au milieu des années 1970 - Martin Bureau- AFP

Dans une vaste étude, France Stratégie s'intéresse à cette catégorie de travailleurs dont les contours sont devenus flous et dont les frontières avec les autres professions s'estompent.

C'est une des fonctions dans l'entreprise qui a le plus évolué dans les 20 dernières années, tant en terme quantitatif qu'au niveau des responsabilités. Le cadre d'aujourd'hui n'a presque plus rien à voir avec celui d'hier. C'est en tout cas la conclusion d'un vaste rapport* de France Stratégie sur la question.

En premier lieu, le bassin de cadres a considérablement augmenté pendant la période observée. Les cadres salariés du privé, du public et les professions libérales sont passés de 3,6 millions de personnes en 2003 à plus de 4,6 millions en 2016 en France métropolitaine (dont 2,7 millions de cadres d’entreprise) selon les normes PCS (profession et catégorie socioprofessionnelle). L’Agirc de son côté comptabilise 3,7 millions de cadres et "assimilés cadres" dans le seul secteur privé.

Agrégat hétérogène

Ensuite, même si "les signes distinctifs traditionnels de cette catégorie: diplôme, salaire, masculinité et statut social demeurent", d'une catégorie spécifique, la fonction cadre s'est progressivement transformée en un "agrégat hétérogène de salariés aux positionnements et aux responsabilités de plus en plus divers, qui se fondent progressivement dans la masse des travailleurs", peut-on lire.

De fait, "leur fonction (est) de moins en moins associée à des responsabilités d’encadrement ou de supervision. La figure traditionnelle du cadre hiérarchique et de l’ingénieur a laissé place à une diversité de profils: cadres encadrants, cadres experts, cadres "planneurs", cadres managers par projet, cadres de proximité, cadres dirigeants…", détaille l'étude.

Et d'expliquer: "lorsqu’on cherche à décrire les conditions d’exercice de leur emploi, le fait d’encadrer ou non des salariés apparaît comme un critère central. Mais alors que l’encadrement semblait une prérogative inhérente au cadre dans l’organisation du travail fordiste des années 1950, une lente dissociation s’est produite au fil du temps et des changements organisationnels. Tous les cadres n’encadrent pas, notamment les cadres experts et tous les encadrants, "managers" d’équipe au sens large, ne sont pas forcément des cadres statutairement".

Le management exercé par d'autres salariés

"La fonction traditionnelle de l’encadrement hiérarchique tend à prendre une part moins importante chez les cadres car le management peut être exercé par d’autres salariés, ou via d’autres formes (mode projet) ou d’autres dispositifs de supervision (reporting). S’y ajoute peut-être une moindre appétence des nouvelles générations pour la fonction d’encadrement, eu égard aux responsabilités qui en découlent et à la moindre valorisation financière qui lui est associée", peut-on encore lire.

En chiffres, 68% des cadres salariés d’entreprise supervisent le travail d’autres salariés en 2016, mais seuls 34% des cadres font de cet encadrement leur activité principale. "Il semble que la part des cadres encadrants à titre principal ou secondaire tend à diminuer, alors que les employés et ouvriers tendent à encadrer plus fréquemment, surtout en tant qu’activité principale", avance France Stratégie.

"Derrière l’affaiblissement de certains critères distinctifs, il faut surtout voir une hétérogénéité plus forte parmi les cadres. Moins évidente à cerner, cette différenciation interne et externe des cadres n’en est pas moins effective", insiste l'étude.

Encore des marqueurs de différenciation forts

Néanmoins, l’analyse statistique montre que la catégorie de cadres continue néanmoins à se différencier assez nettement des non-cadres sur d'autres aspects. Ils sont plus âgés (43,7 ans) que les autres actifs (41,8 ans), et plus diplômés. L'étude rappelle ainsi "qu’en France le diplôme occupe encore une place centrale dans l’accès aux emplois de cadre, d’autant plus qu’y accèdent de plus en plus souvent directement les jeunes diplômés".

Fort logiquement, l'intensité du travail constitue également un marqueur fort de différenciation. L'étude observe que leur durée effective moyenne annuelle s’est accrue d’environ 70 heures entre 2003 et 2016. "Cette tendance est particulièrement marquée pour les cadres de la fonction publique et les professions intellectuelles ou artistiques, beaucoup plus modérée pour les cadres du privé et même inverse pour les professions libérales (qui voient leur durée annuelle baisser depuis 2003)".

Tout comme la rémunération, même si l'écart entre cadres et non cadres a tendance à se combler, observe l'étude. Ainsi, "la rémunération moyenne mensuelle nette des cadres salariés à temps complet (public et privé) est environ le double de celle des non-cadres depuis quinze ans. Mais ce ratio a légèrement baissé entre 2003 et 2016, signe que ce facteur devient moins distinctif".

*L’étude de France Stratégie s’intéresse aux évolutions des cadres depuis le début des années 2000 jusqu’à 2016. Les données sont issues soit de l’enquête emploi en continu de l’Insee sur la période 2003-2016, soit des enquêtes périodiques sur les conditions de travail Dares et Insee de 2005, 2013 et l’enquête sur les risques psychosociaux de 2016.

Olivier Chicheportiche