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Coronavirus: des ouvriers empêchés de rejoindre leur usine par des policiers

Les policiers contrôle les attestations dérogatoires de circuler : une amende de 135 euros pouvant être infligée en cas d'infraction.

Les policiers contrôle les attestations dérogatoires de circuler : une amende de 135 euros pouvant être infligée en cas d'infraction. - Thomas Samson-AFP

Des ouvriers de Smurtfit Kappa ont été empêchés de se rendre dans certaines usines de ce fabricant d'emballage, bien que munis de l'attestation de leur employeur. Les forces de l'ordre ont considéré non-indispensable l'activité de cet industriel, ce qui ne justifiait pas pour les ouvriers d'aller travailler. Le PDG s'en plaint publiquement.

De la difficulté d'interpréter les consignes gouvernementales concernant le confinement ou non des salariés ne pouvant télétravailler. Des ouvriers de Smurfit Kappa, dont les tâches quotidiennes ne les rendent pas éligibles au télétravail, ont été empêchés par les forces de l'ordre de rejoindre des usines d'emballage en carton. Pourtant, ils étaient a priori munis de l'attestation de leur employeur, rapporte cette entreprise.

Les forces de l'ordre ont considéré que l'activité de cet industriel spécialiste de l'emballage n'était pas indispensable et qu'il n'y avait donc pas de raison pour les ouvriers d'aller travailler.

"Si l'industrie de l'emballage s'arrête, la chaîne logistique se casse la figure"

Le PDG de la filiale française, Jean-Christophe Bugeon, s'en plaint publiquement et appelle à la "compréhension des pouvoirs publics" dans une lettre ouverte adressées aux médias.

Selon lui, "Smurfit Kappa est indispensable aux secteurs de l'agroalimentaire et pharmaceutique: ils font tous les emballages de regroupement, les caisses dans lesquelles sont stockés et transportés les produits, etc. Si l'industrie de l'emballage s'arrête, c'est toute la chaîne logistique qui se casse la figure après."

Le "coup de gueule" de ce patron témoigne de certaines difficultés d'interprétation, par les forces de l'ordre chargées de les faire respecter, des consignes concernant le confinement généralisé de la population. La question se pose particulièrement pour tous les secteurs industriels où le télétravail n'est pas une option de repli face à l'épidémie de coronavirus.

"Il faut que tous les salariés dont les entreprises sont encore ouvertes qui ne sont pas des restaurants, des bars mais des industries, de l'industrie agroalimentaire, de la grande distribution, se rendent sur leur lieu de travail pour assurer la sécurité économique du pays. Sécurité économique et sécurité sanitaire doivent aller de pair" a précisé ce matin Bruno Le Maire, sur l'antenne de BFMBusiness qui a évoqué aussi "les entreprises qui ont des activités indispensables au bon fonctionnement du pays". Autrement dit, la notion "d'activité indispensable" peut laisser le champ ouvert à diverses interprétations, selon que l'on en a une notion extensive ou restrictive.

L'argumentation du PDG de Smurtfit Kappa penche plutôt en faveur de la première en concluant sa lettre ainsi:

"C'est toute une chaîne dont notre pays a besoin pour éviter d’être à l’arrêt et permettre les livraisons des produits de première nécessité".

Visiblement les forces de l'ordre ont une interprétation plus limitée de la notion "d'entreprise indispensable." Nul doute que les pouvoirs publics vont devoir rapidement clarifier cette situation.

Frédéric Bergé