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Comment la Sécurité sociale va gérer l'immense dette laissée par la crise

La crise du coronavirus a plombé les caisses de la Sécurité sociale. Mais sur BFM Business, Nicolas Revel, directeur général de la branche assurance maladie, se veut rassurant.

Le coronavirus risque-t-il de faire plier l'Assurance maladie au point de la mettre en danger? Le déficit de la Sécu (qui comprend quatre branches: vieillesse, maladie, famille et accidents du travail) pour 2020 est désormais attendu à 52,2 milliards d’euros, soit plus d’une dizaine de milliards de plus par rapport à la précédente prévision du mois d’avril. Pour Alain Milon, le président (LR) de la commission des Affaires sociales du Sénat, "c’est un dérapage (...) qui pourrait, si c’était répétitif, remettre en cause le système de Sécurité sociale à la française".

Sur BFM Business, Nicolas Revel, directeur général de l'Assurance maladie, se veut néanmoins rassurant. "Ce que le gouvernement a décidé, c'est justement de faire en sorte que ce déficit spectaculaire qui est né de cette crise mondiale ne vienne précisément pas obérer, dégrader le modèle social français". Et d'ajouter: "D'où la proposition qui est faite au parlement de transférer cette dette qui est née en 2020 à la Cades".

La caisse d'amortissement de la dette sociale été créée en 1996 pour éponger les dettes du régime général de la Sécurité sociale. Elle a pour vocation d’apurer la dette sociale sur une durée limitée afin d’éviter qu’elle ne pèse sur les générations futures. Cette caisse devait disparaître en 2024 mais sera donc prolongée une fois encore pour prendre en charge cette dette.

Pas d'économies sur les prestations

"On va demander à la Cades de continuer à amortir une dette qui était en train de se résorber, on lui rajoute de la dette et donc on va rajouter la durée pendant laquelle la Cades va recevoir un certain nombre de recettes pour pouvoir amortir cette dette", explique Nicolas Revel.

"C'est un choix très important", assure le responsable. "Car si on n'avait pas fait ça, si on avait dit à la sécurité sociale: 'écoutez, vous avez 52 milliards de déficit, débrouillez-vous avec', on aurait dû demander à la Sécurité sociale de trouver quelque part 52 milliards d'économies sur les retraites, sur les dépenses de santé. On voit bien que c'était juste impensable". 

Il s'agit donc "de faire en sorte que cet accident imprévu, on ne l'ajuste pas sur une réduction des prestations, pensions, allocations et surtout remboursements de soins".

Pour autant, ce ne sont pas 52,2 milliards d'euros de dettes que va devoir supporter la Cades au total mais plus de 140 milliards d'euros. "C'est à la fois une dette qui s'était accumulée ces dernières années qui n'avait pas encore été transférée à la Cades, le déficit de 2020 et peut-être parce que la reprise d'activité ne sera pas immédiate, une hypothèse de déficit supplémentaire en 2021", explique Nicolas Revel. A fin décembre 2019, il restait 89,1 milliards d'euros de dettes à amortir pour la Cades, selon ses comptes annuels

Ce transfert de dette à la Cades doit être discutée au Parlement "dans les prochaines semaines".

Olivier Chicheportiche