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Chez Habitat, Arnaud Montebourg "a l'obligation de réussir"

Arnaud Montebourg a été nommé vice-président en charge de l'innovation chez Habitat.

Arnaud Montebourg a été nommé vice-président en charge de l'innovation chez Habitat. - ERIC PIERMONT - AFP

L'ancien ministre de l'Economie va devenir vice-président d'Habitat, en charge de l'innovation. Le patron du groupe, Hervé Giaoui, a raconté à BFM Business les coulisses de ce recrutement.

Arnaud Montebourg rejoint le privé. L'ex-ministre du redressement productif, qui avait plusieurs fois exprimé le souhait d'entreprendre depuis son limogeage du gouvernement, rejoint l'enseigne Habitat, qui possède 27 magasins en France. Il est nommé vice-président du designer de meubles, en charge de l'innovation. Hervé Giaoui, le président d'Habitat, qui se sait attendu au tournant, a répondu à nos questions sur ce recrutement particulier.

BFM Business: comment avez-vous connu Arnaud Montebourg?

Hervé Giaoui: la rencontre a eu lieu il y a à peu près un an, lorsqu'il était encore ministre. Il est venu visiter notre studio de design du Faubourg Saint Antoine à Paris. Nous avions alors discuté longuement sur les idées, les stratégies que j'avais. Puis Arnaud a vu comment, en quelques temps, nous avons pu redresser la situation d'Habitat, éviter le massacre social et les licenciements importants et comment nous avons réussi à nous en sortir sans trop de casse.

Quand avez-vous avez commencé à envisager une collaboration?

Quand Arnaud Montebourg a quitté le ministère de l'Economie en septembre, il avait en tête d'essayer de travailler au service de l'entreprise. Au mois de décembre, il m'a appelé, nous avons déjeuné ensemble, et j'ai constaté que j'avais en face de moi, non pas un politique, mais quelqu'un qui avait envie de faire quelque chose d'entrepreneurial.

Que va vous apporter de travailler avec l'ancien ministre?

Je pense qu'Arnaud a besoin de prouver qu'il saura réaliser des avancées dans le monde de l'entreprise. Cela m'a beaucoup plu. Avoir à ses côtés quelqu'un qui aime le challenge, qui a la niaque, et qui a besoin de prouver que ce qu'il fait est bien, c'est très important. Cela veut dire que je vais pouvoir compter sur quelqu'un qui va s'investir à fond, et qui va donner le meilleur de lui-même pour faire avancer et réussir l'entreprise.

N'êtes-vous pas inquiet de son manque de compétences dans l'ameublement?

D'abord, Habitat est un studio de design. Nous ne sommes pas dans l'ameublement à proprement parler. Puis, la marque est mondiale, elle se développe beaucoup à l'international. Elle ne propose pas que des choses dans le design et le produit, mais des modèles économiques un peu différents, des idées nouvelles de distribution. Nous voulons réfléchir à la manière de fidéliser les clients, de s'assurer des revenus récurrents, comment attirer le client chez nous.

Concrètement, quelle va être sa mission?

Le rôle d'Arnaud ne se situera pas du tout sur le produit. Ce n'est pas lui qui va faire un choix de produit ou nous amener des idées de produits. Il est à l'innovation, donc des sujets comme les nouvelles solutions de revenus, ou la digitalisation de nos magasins. Sur ce dernier thème, qui constitue un vaste challenge, il a beaucoup d'idées. C'est là qu'il va amener son énergie et son savoir. Vous verrez, dans deux trois mois, ce qu'on va commencer à préparer. Il y a des choses qui vont prendre tout le monde à contrepied.

Arnaud Montebourg a l'air très enthousiaste en tout cas…

Heureusement! S'il ne l'était pas, je n'aurais pas aimé qu'il me rejoigne! Ce n'est pas facile de rentrer dans une boîte en retournement. Même si on en a fait une grande partie, il y a encore beaucoup de boulot. Vous savez, Arnaud Montebourg a fait de la politique, avant il était avocat. Il n'a jamais connu le monde de l'entreprise, c'est son challenge d'y réussir. S'il y parvient, les futurs hommes politiques vont peut-être comprendre qu'il faut se rapprocher du monde de l'entreprise, compter avec les patrons.

Pour Habitat, c'est un excellent plan de communication?

Il y en a qui m'ont dit, "attention, tu vas faire une com’ très négative, parce qu'il y a des gens qui n'aiment pas du tout Arnaud Montebourg". Ce n'est pas une opération de communication pour nous. Mais il est bon d'utiliser des gens, disons, en semi-échec, parce qu'il n'a pas réussi ce qu'il voulait faire. Dans ma vie personnelle, j'ai déjà eu à mes côtés des gens qui avaient subi des échecs, et qui ont donné des preuves de réussite énormes par la suite, parce qu'ils avaient le besoin, et même l'obligation de réussir. 

Hélène Cornet avec N.G.