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Charlie Hebdo: mort de Bernard Maris, un économiste atypique

Bernard Maris était directeur adjoint de la rédaction de Charlie Hebdo jusqu'en 2008.

Bernard Maris était directeur adjoint de la rédaction de Charlie Hebdo jusqu'en 2008. - Joel Saget - AFP

L'économiste, écrivain et journaliste a été tué, ce 7 janvier, dans l'attentat perpétré à Charlie Hebdo. Il était l'une des grandes voix de l'anti-libéralisme en France.

Adieu Oncle Bernard. Bernard Maris avait fait beaucoup parler de lui en septembre 2014 avec son ouvrage "Houellebecq économiste". Mais ce mercredi 7 janvier, c'est pour une toute autre raison qu'il est à nouveau la Une de l'actualité. Il est l'une des 12 victimes de l'attentat perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo, a annoncé Radio France.

Cet économiste, écrivain et journaliste, né le 23 septembre 1946, était le directeur adjoint de la rédaction de Charlie Hebdo jusqu'en 2008. Resté actionnaire du journal, il faisait également des chroniques sur France Inter. Il était diplômé de Sciences Po Toulouse en 1968 et obtient un doctorat en sciences économiques en 1975.

Et l'économie, il aimait cela. Le but qu'il s'était fixé était d'ailleurs de la faire comprendre au plus grand nombre. En 2008, dans Télérama, il le reconnaissait sans détour: "c'est tellement emmerdant l’éco ! Faut reconnaître que c’est plus agréable de lire de la poésie… Et en même temps, ça nous concerne tous. Alors, mon vrai plaisir – en dehors de la petite satisfaction personnelle et égocentrique de voir ma trombine dans les médias – est de me faire apostropher par un auditeur ou un téléspectateur me disant : Avec vous, on comprend !”

Meilleur économiste de l'année en 1995

Adepte de l'altermondialiste, il était souvent opposé, dans les émissions de radio auxquelles il collaborait, à des économistes libéraux ou à des chefs d'entreprises. Un rôle d'iconoclaste qu'il acceptait et qui l'amusait.

C'est ainsi que dans le Journal du dimanche du 4 décembre 2011, il n'hésitait pas à se prononcer en faveur d'un défaut de la France sur sa dette publique: "Tous les pays européens devront, tôt au tard, se résigner à effacer une partie de leur dette". Autre proposition: le revenu minimum d'existence. Objectif: que chaque citoyen puisse disposer d'une indemnité régulière sa vie durant, qu'il travaille ou non, afin de compenser certaines inégalités et d"apporter une sécurité financière minimale. Selon Maris, "le revenu minimum permet de détacher l’existence du travail". Des idées qui ne l'ont pas empêché d'être désigné en 2011, membre du conseil général de la Banque de France à l'initiative du socialiste Jean-Pierre Bel qui était alors président du Sénat, 

Il était l'auteur de nombreux ouvrages font "Keynes ou l'économiste citoyen", "Ah Dieu! Que la guerre économique est jolie", "Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles" ou encore "La Bourse ou la vie". Le "Nouvel économiste" lui avait même attribué, en 1995, le titre de "meilleur économiste de l'année".

Hommage d'Emmanuel Lechypre

L'éditorialiste de BFM Business, qui a plusieurs fois débattu avec Bernard Maris sur France Inter, a tenu à rendre un hommage à son collègue économiste:

"Charlie Hebdo est le journal de la transgression, et Bernard Maris était dans la transgression en permanence. Professeur d'économie, il a été l'un des premiers à taper sur les économistes. En 1989, il avait tancé des économistes au-dessus de tout soupçon, dénonçant les illusions des prévisionnistes. En 1999, il avait publié une lettre ouverte à tous les économistes qui nous prennent pour des imbéciles. Il était de gauche, c'était un keynésien pur et dur. C'était un Toulousain au verbe haut, en plus d'avoir la plume acéré. Il était devenu l'incarnation de l'économiste de gauche, altermondialiste. Il a collaboré avec toute la presse, tous les médias audiovisuels, notamment sur France Inter. Il était même presque patron de presse puisqu'il avait pris 11% du capital de Charlie Hebdo et co-dirigé la rédaction".

Diane Lacaze