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Cet armurier stéphanois veut équiper les snipers de l’armée française

Créée en 1820, Verney-Carron, un spécialiste des armes de chasse, tente de se faire une place dans le cercle très fermé des fabricants d'armes pour l'armée

Créée en 1820, Verney-Carron, un spécialiste des armes de chasse, tente de se faire une place dans le cercle très fermé des fabricants d'armes pour l'armée - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Spécialiste des armes de chasse, Verney-Carron a créé il y a un an un pôle défense et propose déjà deux armes, dont l'une pourrait lui permettre de répondre au futur appel d'offres de la DGA pour remplacer le FRF2, le fusil de précision utilisé par les militaires français depuis 1986.

Saint-Etienne a longtemps été la capitale française des armuriers avec la MAS (Manufacture d’armes de St-Etienne) qui a fermé ses portes en 2001, après 137 années d’activités. Mais ce n’était pas la seule de la région. Créée en 1820, Verney-Carron, un spécialiste des armes de chasse, est toujours en activité.

Cette PME de 90 salariés qui réalise un chiffre d'affaires de 13,5 millions d'euros, ne compte pas s’arrêter à cette seule production. Après la création d’un pôle sécurité il y a quelques années, elle affiche désormais des ambitions dans la défense. "Dans notre métier, c’est depuis longtemps très compliqué de se limiter à la chasse ou au sport", a expliqué Guillaume Verney-Carron, DG, à BFMBusiness.com. Elle a déjà investi plus d’un million d’euros dans deux chaînes de production dédiées à la défense.

Cette unité est récente, mais elle a déjà deux armes dans son catalogue. Un fusil d’assaut, le VDC-15 et le VDC-10, un fusil automatique de précision de moyenne distance (moins de 1000 mètres) avec lequel elle compte répondre à l’appel d’offre de la DGA pour succéder au FRF2 de l’armée française qui comme le Famas était produit par la MAS à partir de 1986. Les deux armes, qui ont été présentées sur le salon Eurosatory, s’inspirent des AR-10 et AR-15 américains. Mais leur atout est d’être made in France.

VDC-10 est un fusil automatique de précision de moyenne distance avec lequel Verney-Carron compte répondre à l’appel d’offre de la DGA
VDC-10 est un fusil automatique de précision de moyenne distance avec lequel Verney-Carron compte répondre à l’appel d’offre de la DGA © Verney-Carron

L’industrie française peut rivaliser avec les Allemands

Cette activité est récente, mais Verney-Carron a une longue expérience dans les armes militaires. Elle était l’un des sous-traitants de la Manufacture d’Armes de St-Etienne (MAS) pour le Famas qui a été remplacé par le HK 416 de l’Allemand Heckler & Koch. Déjà, en 2014, Verney-Carron avait tenté de candidater à ce contrat évalué à 350 millions d’euros, mais face à la puissance de production allemande, elle a été écartée. "Nous avons pris la porte immédiatement", précise Guillaume Verney-Carron. Le cahier des charges de la DGA imposait entre autre que l’entreprise candidate devait réaliser au moins 80 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Pour les FRF2, c’est une autre histoire. "Il s’agit de fournir environ 2.500 unités sur trois ou quatre ans, et ça, nous savons faire", affirme le dirigeant de la PME stéphanoise qui n’est pas la seule à avoir des visées sur ce contrat. Face à lui, Heckler & Koch, encore lui, qui dispose d’un fusil de précision qui répond aux besoins des snipers français. Il s’agit du HK 417 qui équipe déjà quelques unités.

L’appel d’offre devrait être lancé dans quelques mois et Verney-Carron va tenter de convaincre la DGA qu’elle peut rivaliser avec l’armurier allemand. "Depuis la fermeture de la MAS, il n’y a plus d’entreprises françaises sur cette gamme de produits, nous revenons pour montrer que l’industrie française peut rivaliser avec des grandes entreprises étrangères", lance Guillaume Verney-Carron qui regrette qu'en matière d’armement, "l’alliance franco-allemande se fait à nos dépends".

En 2016, lors de l'annonce du remplacement du Famas, le général Jean-Pierre Bosser, le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), signalait que l’acier du canon du HK-416 "sera fabriqué en France, et que cela représente 30 % du coût de l’arme".

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco