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Ce projet d'autoroute en France, à la frontière suisse, suscite le courroux de Genève

Un décret a déclaré d'utilité publique les travaux de création d'une liaison autoroutière à 2X2 voies  de 17 km, au sud du Lac Léman.

Un décret a déclaré d'utilité publique les travaux de création d'une liaison autoroutière à 2X2 voies de 17 km, au sud du Lac Léman. - Fabrice Coffrini-AFP

La France a validé un projet d'autoroute de 17 km proche de la frontière suisse au sud du lac Léman. Genève, qui craint un afflux de voiture des travailleurs frontaliers, dénonce, à l'heure de la mobilité "durable", cette liaison concurrençant le RER transfrontalier ouvert mi-décembre.

Rail ou voiture: la Suisse et la France ont deux approches qui s'opposent en matière de mobilité pour circuler aux abords du Lac Léman et de Genève. Côté français, un projet d'autoroute a été déclaré d'utilité publique par un décret paru à la fin de décembre 2019. Cette future liaison 2x2 voies, longue d'environ 16,5 kilomètres, au sud du lac Léman en Haute-Savoie, reliera l'autoroute A40 d'Annemasse à Thonon-Les-Bains, dans ce secteur où de nombreux travailleurs frontaliers se rendent en Suisse quotidiennement.

C'est précisément cet afflux de véhicules que redoute la ville de Genève. La cité de Calvin a carrément décidé d’attaquer le projet sur le plan juridique en raison de la menace qu'il ferait peser sur l'environnement.

Un cabinet d'avocats parisien, spécialiste du droit environnemental, est saisi par la ville de Genève et par des associations écologistes (cf Tweet, ci-dessus) pour monter un dossier contre la décision française de déclaration d'utilité publique.

L'autre motif du courroux côté suisse tient à la concurrence que la future autoroute risque de causer au nouveau RER transfrontalier franco-suisse, le Léman Express, ouvert le 15 décembre dernier.

Un territoire où 80% des déplacements sont en voiture

Ce réseau ferré a pour vocation première de faciliter les déplacements des travailleurs frontaliers français effectuant l'aller et retour quotidiennement entre Genève et la Haute-Savoie. Ce territoire forme un ensemble d'un million d'habitants, où 80% des déplacements s'effectuent actuellement en voiture.

Anne Lassman-Trappier, présidente de l'association écologiste Inspire qui conteste la décision des pouvoirs publics français, déclare:

"Il faut laisser sa chance au Léman Express qui vient d'ouvrir et surtout pas replonger la Haute-Savoie dans l'autoroutier. On est déjà un département très routier et on a besoin d'avoir des alternatives, une mobilité différente" rapporte France Bleu Pays de Savoie.

Côté Français, l'incompréhension domine chez les autorités et les acteurs économiques locaux vis-à-vis de la guerilla juridique que veut entamer la cité genevoise. Tous attendaient le déblocage du projet autoroutier retardé à plusieurs reprises pour des bonnes ou mauvaises raisons politiques, financières ou environnementales, mais qui doit favoriser le développement économique et touristique.

"Un tel sujet mérite mieux qu'un contentieux juridique: il doit faire l'objet d'un dialogue dans l'esprit de coopération qui a toujours précisé aux relations à nos deux pays" s'est exprimée la sénatrice (LR) de Haute-Savoie.
Frédéric Bergé