BFM Business

Durement frappés par la crise sanitaire, les Ehpad vont devoir investir et se transformer

Une cinquantaine de résidents ont donné procuration pour les municipales dans un Ehpad de Marseille

Une cinquantaine de résidents ont donné procuration pour les municipales dans un Ehpad de Marseille - SEBASTIEN BOZON © 2019 AFP

Près de la moitié des quelque 30.000 morts du Covid-19 en France étaient des résidents de maisons de retraites médicalisées. La crise sanitaire s'est également révélée traumatisante pour les personnels.

Les maisons de retraites médicalisées, ou Ehpad, vont devoir accélérer leur transformation, durement frappées par l'épidémie de coronavirus qui a révélé leurs faiblesses et la nécessité pour elles d'investir et de fonctionner autrement.
"La filière du grand âge a payé un lourd tribut à la crise sanitaire", constate le cabinet Xerfi dans une note consacrée aux "Nouveaux défis des acteurs du grand âge", publiée début juin. Près de la moitié des quelque 30.000 morts du Covid-19 en France étaient des résidents des Ehpad (décédés dans leur établissement ou à l'hôpital), et la commission d'enquête qui s'est ouverte mardi dernier à l'Assemblée nationale cherchera notamment à identifier des "défaillances" dans la gestion de la pandémie. "Meurtrière pour les plus fragiles, cette crise sanitaire s'est également révélée traumatisante pour les personnels et déstabilisante pour les structures d'accompagnement du grand âge", note Xerfi. Elle a en outre "mis en lumière des dysfonctionnements", notamment un "défaut de valorisation des prestations et des personnels - niveaux de salaires, pénibilité amplifiée par les sous-effectifs et difficultés de recrutement".

Revoir la taille des établissements

"Le modèle des Ehpad a du plomb dans l'aile depuis la crise", estime Marie-Anne Montchamp, présidente de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, qui gère les fonds dédiés à la dépendance et au handicap. Pour elle, "il y a une impérieuse nécessité de le transformer" pour faire face "aux problèmes économiques qui vont peser sur certains établissements" affaiblis par l'épidémie, mais aussi pour "se projeter dans un avenir plus éthique, plus humain, qui répond à ce que veulent les gens et redonne espoir aux professionnels". Parmi les premiers enseignements de la crise, "on s'est aperçus que lorsque le virus s'était implanté dans un établissement, d'autant plus si celui-ci était de grande taille, il était excessivement difficile de contrôler sa diffusion", rappelle l'analyste Bruno de la Rochebrochard, du courtier Bryan Garnier. Ainsi les grands établissements de 100 ou 150 places, nés "pour des raisons de rentabilité", peuvent-ils avantageusement céder la place à un rapprochement entre établissements voisins - centre hospitalier, maison de retraite, résidence seniors, clinique de soins de suite sont voisins - afin de "mutualiser les coûts". Autre point faible selon lui, la faible médicalisation de ces établissements en France. "En Italie, une médicalisation plus importante des Ehpad a permis malgré tout de limiter le nombre de décès: on était capable d'assurer un minimum de services respiratoires pour les patients" âgés, qui en France n'étaient parfois plus accueillis à l'hôpital au plus fort de l'épidémie, estime-t-il.

Elaborer un cahier des charges innovant

Cette crise a aussi révélé selon lui le retard dans la définition de stratégies numériques, internet ayant permis aux familles de maintenir le lien avec leurs proches, et aux aides-soignants d'apporter des soins en liaison vidéo, guidés par le médecin référent de l'établissement, afin d'éviter des hospitalisations risquées. Pour Xerfi, "après avoir rapidement apporté des garanties de financement aux acteurs du grand âge durant la crise, les pouvoirs publics doivent demeurer animés par ce sentiment d'urgence" et "anticiper certaines mesures attendues dans le cadre d'une future loi Grand âge et autonomie prometteuse". Ainsi la relance du projet de création d'une cinquième branche de la Sécurité sociale consacrée à l'autonomie est "le premier signe encourageant d'une politique de transformation plus volontariste". Pour Luc Broussy, cofondateur du groupe de réflexion Matières Grises et spécialiste de la "Silver economy", il est maintenant urgent de former un groupe de travail sur "l'Ehpad du futur", pour élaborer un cahier des charges innovant, préalable à chaque rénovation. "+Repenser le modèle+ ne doit pas être une formule magique. On n'aura pas d'alternative dès demain, on en a encore pour une trentaine d'années", dit-il, rappelant que le vieillissement de la population portera à terme à un million le nombre de résidents d'Ehpad contre 600.000 aujourd'hui.

Deux chantiers peuvent déjà être conduits, estime-t-il, celui du développement de "structures d'habitat partagé", qui permettent à une dizaine de personnes d'avoir chacune, dans un même lieu, un logement et des aides soignants mutualisés, et de "l'ouverture vers l'extérieur des Ehpad, en revoyant l'architecture, les espaces et le mode de vie, souvent strict".

C.C. avec AFP