BFM Business

Cour des comptes: "une rupture stratégique mal conduite" pour les drones militaires aériens

BFM Business

La France a tardé à prendre en compte l'intérêt des drones aériens dans les opérations militaires et doit s'assurer de disposer d'une filière de recrutement et de formation adaptée pour répondre aux besoins croissants, estime la Cour des comptes.

Carton rouge de la Cour des Comptes pour la stratégie militaire en matière de drone aérien. Dans son rapport, publié ce mardi, elle liste les conséquences de cette "rupture stratégique mal conduite".

Les tentatives pour faire émerger une filière de drones MALE nationale ou européenne ont jusqu'ici échoué: projets EuroMALE (2004), Talarion (2006), Telemos (2010).

"La France a tardé (...) à s'équiper, du fait de projets ponctuels, conduits sans vision stratégique cohérente sur le long terme", regrette la Cour. Les conséquences sont à la fois financières et stratégiques et industrielles.

Dépendance de l'industrie militaire américaine

Ces retards ont contraint la France à s'équiper auprès des Américains. Cette décision est critiquée, "en particulier en raison des atteintes à l’autonomie stratégique et industrielle de la France qu’elle comportait", explique le rapport de la Cour des comptes.

La situation au Sahel a en effet conduit à accélérer l'acquisition de drone Reaper, note le rapport. Pour livrer la France, les Etats-Unis ont "prélevé" les deux premiers systèmes "sur les chaînes de production dédiées à l’armée de l’air américaine et donc dans une version non dédiée à l’export".

Cela a créé pour la France de lourdes conséquences: leur emploi était soumis à autorisation des Américains, la maintenance a été exclusivement réalisée par des industriels américains et "la formation, au-delà du coût, a créé une dépendance au système de formation américain, très encombré par ailleurs pour les besoins propres de l’armée de l’air américaine". L'armée de l'Air, qui ne dispose plus que de cinq Reaper, doit en recevoir six autres à partir de cette année, équipés de missiles américains Hellfire.

Des doutes sur le projet Eurodrone

Selon les experts de la Cour des Comptes, les retards de la France dans ce domaine stratégique a plusieurs explications qui pointent "des résistances d’ordre culturel, en particulier au sein de l’armée de l’air", l’absence de solution nationale ou européenne, des divergences de besoins opérationnels entre l’armée de l’air et l’armée de terre, un manque de constance et de cohérence dans les choix industriels et "des rivalités entre industriels qui ont abouti à une forte concurrence intra-européenne qui s’est révélée dommageable".

Le projet Eurodrone, mené en coopération avec l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne va-t-il changer la donne? La Cour des Comptes émet des doutes. "il y a des signaux d'incertitude sur la capacité du projet à aboutir" en raison de son coût et de besoins opérationnels différents.

La montée en puissance est malgré tout réelle: l'armée de l'Air disposera de 12 drones MALE d'ici à 2025, 24 en 2030, la Marine doit avoir un drone par navire en 2030 et l'armée de Terre recevoir à partir de cette année 14 drones tactiques Patroller et 105 mini-drones Spy'Ranger.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco