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Sanofi: Serge Weinberg, l'homme qui a débarqué Chris Viehbacher

Chris Viehbacher (à gauche) et Serge Weinberg (à droite) ne s'appréciait guère

Chris Viehbacher (à gauche) et Serge Weinberg (à droite) ne s'appréciait guère - Eric Piermont - AFP

Les relations délétères entre le président du conseil d'administration de Sanofi et Chris Viehbacher est une des raisons qui expliquent l'éviction du directeur général. Il faut dire que Serge Weinberg n'est pas un homme de concessions.

L'inimitié entre Serge Weinberg  et Chris Viehbacher chez Sanofi a finalement abouti au départ du dernier cité. Le directeur général de Sanofi a été démis de ses fonctions par le conseil d'administration, que préside Serge Weinberg, ce mercredi 29 octobre.

Certes, cette décision a été prise à l'unanimité parmi les administrateurs, ce qui montre que Serge Weinberg n'était pas le seul à ne pas apprécier le comportement du Germano-Canadien.

Ce mercredi, le président de Sanofi a d'ailleurs assuré que le départ de Chris Viehbacher n'est pas lié "à un problème de personne" et repose sur un souci "de style de management, d'opération avec le board (conseil d'administration, ndlr)".

Une ambiance des plus froides

Mais le désamour entre le directeur général et le président de Sanofi semble être bien réel. "Les deux hommes n'ont jamais eu d'atomes crochus, aujourd'hui ils ne se supportent plus", explique un bon connaisseur de Sanofi au Monde.

"Je pense clairement qu'il y a une tension entre les deux hommes. (…) Pour avoir assisté à des assemblées générales du groupe, il est clair qu' on ne peut pas dire que l'ambiance était à la franche rigolade entre les deux hommes. L'un et l'autre ont une approche ultra-glaciale", confirme Jérôme Billet, de Promépar Gestion, interviewé sur BFM Business.

Au point d'évincer Chris Viehbacher sans qu'un remplaçant ne soit prêt. Serge Weinberg va ainsi devoir assurer l'intérim en tant que PDG jusqu'à un ce qu'un nouveau directeur général soit nommé.

Un tempérament de chef

Il faut dire que Serge Weinberg est un homme d'affaires qui n'apprécie guère que les choses n'aillent pas dans son sens. Le Nouvel Economiste expliquait ainsi en 2005, dans un portait, qu'il a l'étoffe et le tempérament d'un chef et que "lorsque les organisations ne lui conviennent pas, il n'hésite pas à mettre en jeu sa démission". Chose qu'il aurait fait lorsqu'il était le directeur adjoint de la troisième chaîne française du temps où elle s'appelait FR3, une des nombreuses entreprises qu'il a connues.

Cet énarque de 63 ans est d'abord passé par le public en devenant notamment en 1981 le directeur de cabinet de Laurent Fabius, alors ministre du Budget. Il conservera des liens solides avec ce dernier. Après FR3 puis Havas, le virage le plus important de sa carrière arrive en 1990 lorsqu'il entre dans le groupe Pinault. Il y gravit les échelons avant de devenir président du directoire pendant 10 ans, de 1995 à 2005.

Des désaccords chez Accor

Il devient ensuite président non-exécutif du groupe hôtelier Accor en 2006. Il y fait alors une nouvelle fois preuve de son tempérament en claquant la porte du conseil d'administration en 2009, à la suite de désaccords avec les fonds Colony Capital et Eurazeo. Un an après, Serge Weinberg remplace Jean-François Dehecq en tant que président de Sanofi. Sa nomination avait alors pour but d'empêcher Chris Viehbacher, qui avait pris le poste de directeur général en 2008, de prendre trop de pouvoirs en devenant PDG, rapportait alors la Tribune.

Quatre ans plus tard, Serge Weinberg a donc poussé vers la sortie ce même Chris Viehbacher, si différent de lui. Alors que le Français n'était pas un grand connaisseur du secteur pharmaceutique, le Germano-Canadien avait lui fait l'essentiel de sa carrière chez GlaxoSmithKline. Si Chris Viehbacher lui doit sa sortie de Sanofi, il est un ministre qui est en revanche rentré dans une entreprise grâce à lui. Du temps où il était banquier, Emmanuel Macron serait en effet arrivé chez Rothschild grâce à Serge Weinberg, selon Challenges.

Julien Marion