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Pourquoi les prix des abricots sont en chute libre cette année

Les producteurs français misent sur du qualitatif et de l'agriculture raisonné.

Les producteurs français misent sur du qualitatif et de l'agriculture raisonné. - Jackman34- CC

En raison d'un printemps ensoleillé, les abricots français sont arrivés plus tôt sur le marché, et se retrouvent en concurrence frontale avec les variétés espagnoles. Les producteurs français se retrouvent obligés de vendre leurs récoltes à des prix historiquement bas.

Mardi, les Parisiens qui se promenaient place de la République ont pu voir des étals inhabituels en ces lieux. A l'initiative de la confédération paysanne, des producteurs français étaient venus vendre leurs abricots en direct, pour alerter les consommateurs et les pouvoirs publics sur leur situation. Leurs fruits sont achetés à des prix historiquement bas, aux alentours d'un euros le kilo. Alors qu'ils vont se retrouver sur les étals aux alentours de 3 euros.

Selon Agreste, le service de statistique du ministère de l'Agriculture, en juin les cours étaient inférieurs de 27% à la moyenne 2012-2016.

Les Français misent sur le qualitatif

Pourquoi une telle chute des prix ? En partie à cause du printemps exceptionnellement beau qui a régné sur les vergers français, les fruits sont arrivés plus rapidement à maturité et sont apparus sur les étals environ un mois plus tôt. Du coup, ils se retrouvent en concurrence avec les produits espagnols.

Or ces derniers ont un coût de revient bien inférieur. "Les produits français reviennent environ 40 à 60% plus cher, car les agriculteurs misent sur le qualitatif avec des fruits qui ont du goût, il s'agit d'une agriculture raisonnée alors que l'Espagne mise juste sur le tonnage et mène une politique agressive pour l'environnement", explique Yoni Cohen, président de la Maison Colom, implantée à Rungis et qui fournit des grands restaurants parisiens mais aussi la grande distribution.

Bientôt le tour des nectarines et des pêches

La grande distribution, qui représente 80% des débouchés pour ces fruits, ne tient pas compte de ces différences et tirent les prix vers le bas. D'où le sentiment des producteurs d'être étranglés. Au point de renoncer à récolter les fruits.D'autres fruits à noyau, comme les nectarines, les pèches vont se retrouver dans la même situation.

La Confédération paysanne dénonce "les centrales d'achat" de la grande distribution et leur "politique dévastatrice de prix bas à grand renfort de produits espagnols, alors même que la récolte française bat son plein".

La FNSEA, le FNPF et les jeunes agriculteurs (JA) lancent un appel pour que les services de contrôle de l'état sanctionnent les pratiques déloyales voire illégales des acheteurs.

Éduquer les consommateurs

Pour Yoni Cohen, il faut aussi éduquer les consommateurs sur la nécessité du bien manger, même si cela coûte un peu plus cher. "Les consommateurs sont prêts à débourser 800 euros pour un iPhone plutôt qu'un produit moins cher de marque inconnue. Ils doivent prendre conscience qu'il faut mettre le prix là où c'est nécessaire, comme la nourriture pour avoir des produits goûteux et de qualité", détaille Yoni Cohen.

La grande distribution aurait aussi à gagner en mettant en avant ces produits de qualité. "Nous avons lancé des produit premium chez certains supermarchés Leclerc. Ils ont vu les ventes dans ce rayon augmenter de 25%", cite-t-il en exemple.

Les consommateurs doivent en tout cas se dépêcher. La pleine saison des abricots se termine dans une quinzaine de jours.

Coralie Cathelinais