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"Piégée dans son couple": ces femmes qui n'osent pas partir

Dans son dernier livre, Jean-Claude Kaufmann s'intéresse à des femmes (et de rares hommes) qui n'osent pas quitter leur conjoint malgré le désamour. Le sociologue, spécialiste du couple, dissèque le mécanisme progressif d'enfermement dans lequel ces femmes se retrouvent piégées.

"Je ne suis pas une femme battue mais je crois que c'est pire, je suis une femme sans vie". A 31 ans, Nina a rencontré Olivier. Pas vraiment de coup de foudre, mais Nina avait "peur de se retrouver vieille fille". Et Olivier était beau et volubile. Ils se sont installés ensemble. En privé, Olivier était silencieux, trop silencieux, à tel point que le malaise s'est installé.

Le couple est alors au bord de la rupture. Nina apprend alors qu'elle est enceinte et face à l'enthousiasme d'Olivier se prend à rêver à un nouveau départ pour son couple. Mais ce nouvel espoir referme le piège. Et Olivier se mure dans son silence. Nina se fixe alors un objectif: elle partira quand sa fille aura 3 ans. Et puis finalement non "3 ans, c'est trop jeune". Elle partira quand sa fille aura 5 ans. Les 5 ans arrivent. Et elle reste. Et plonge progressivement "dans une grisaille dépressive".

"Condamnée à vivre avec son mari qu'elle n'aimait plus"

Des témoignages comme celui de Nina, Jean-Claude Kaufmann en a reçu beaucoup. Alors qu'il recueillait des témoignages pour son livre "Un lit pour deux", il tombe sur un témoignage qui l'interpelle. "Cette femme souhaitait divorcer depuis longtemps. Elle ne pouvait pas partir car son salaire était insuffisant. Elle était condamnée à vivre avec son mari qu'elle n'aimait plus du tout et obligée de dormir dans le même lit avec cette phrase 'je dors accrochée au bord du lit'", raconte-t-il.

A partir de là, c'est "l'effet boule de neige". De nombreuses femmes se mettent à raconter aussi leur mal-être. "Sans le vouloir j'ai mis le doigt sur quelque chose qui n'est pas très compris aujourd'hui et que l'on perçoit mal: on sait qu'il y a des couples qui ronronnent, qui sont dans une routine légèrement grise, on sait qu'il y a des violences, mais entre les deux, il peut y avoir ces souffrances qui ne s'expriment pas. Et quand ces personnes essaient de le décrire, il y a ce mot 'vide' qui revient", explique le sociologue.

Et les témoignages qu'il a recueillis sur son site internet disent souvent la même chose: le basculement est progressif et on se retrouve "piégé par l'amour": "On s'est engagé dans cette famille et si l'on part on va faire souffrir l'autre. C'est très beau ce sacrifice amoureux ceci dit si on est en souffrance, on n'a qu'une vie, on n'a pas le droit de rater son bonheur!".

"On n'a pas le droit de sacrifier son bonheur personnel!"

"Le couple est une petite machinerie à se faire du bien normalement. C'est extrêmement utile dans une société très dure qui nous fatigue qui atteint l'estime de soi et le couple est quelque chose qui nous remonte le moral, plaide-t-il. On n'a pas le droit de sacrifier son bonheur personnel pour son bonheur conjugal!"

En attendant des témoignages continuent à arriver sur le site de Jean-Claude Kaufmann: "Les gens se confient car ils reconnaissaient leur histoire à travers celle des autres. Il y avait un bonheur intense d'arriver à se raconter. C'était souvent une souffrance non dite et pas tellement pensée. Et quand on n'a pas la possibilité d'en parler à d'autres personnes, c'est difficile d'y voir clair et de se sortir éventuellement de ce piège".

"Mais quand on est mal à ce point, il faut évaluer la possibilité de sortir", préconise-t-il.

"Piégée dans son couple", Jean-Claude Kaufmann, Les liens qui libèrent, 17€

https://twitter.com/paobenavente Paulina Benavente Journaliste RMC