BFM Business

Nucléaire: l'avenir énergétique au Royaume-Uni en question après le retrait de Hitachi

Convaincre de nouveaux industriels du nucléaire sera une tâche ardue pour les pouvoirs publics à l'heure du Brexit

Convaincre de nouveaux industriels du nucléaire sera une tâche ardue pour les pouvoirs publics à l'heure du Brexit - HO / EDF ENGERY / AFP

La décision de Hitachi de geler son projet nucléaire au Royaume-Uni représente un sérieux coup de canif dans les ambitions nucléaires du gouvernement britannique qui ne reposent plus que sur EDF et le chinois CGN.

En pleine impasse sur le Brexit, la Première ministre Theresa May n'avait pas besoin de ce revers industriel qui n'améliore pas l'attractivité du Royaume-Uni mise à mal par la sortie de l'UE.

Le japonais Hitachi a annoncé sa décision de ne pas poursuivre son projet nucléaire en Grande-Bretagne. Un sérieux coup dur, d'autant que pour le lancer le gouvernement avait proposé d'investir des fonds dans le projet de Hitachi.

"Malgré cet investissement potientiel et le fort soutien du gouvernement japonais, Hitachi a conclu que le projet posait un défi commercial trop important", a regretté le ministre de l'Economie Greg Clark dans une déclaration à la Chambre des communes. Il a révélé que le Royaume-Uni avait proposé de prendre un tiers du capital du projet, de financer la dette et de garantir un prix de 75 livres par mégawatt/heure pour l'électricité produite.

Hitachi voulait édifier deux réacteurs nucléaires pour une capacité de production totale de près de 3 gigawatts, assurant 6% des besoins actuels en électricité du Royaume-Uni. Prévue à Anglesey dans le Nord du Pays de Galles, cette première centrale du groupe japonais aurait pu être suivie par la construction d'une seconde dans le Gloucestershire (sud-ouest de l'Angleterre).

La suspension du projet intervient quelques mois après le retrait d'un autre géant industriel japonais, Toshiba, qui a renoncé à construire une centrale nucléaire de 3,8 gigawatts en Cumbrie (nord-ouest de l'Angleterre). Ces désistements mettent à rude épreuve la stratégie de Londres qui compte sur le nucléaire pour assurer l'approvisionnement énergétique du pays.

Des centrales en fin de vie

L'objectif est de maintenir à terme la part nucléaire qui représente plus de 20% de la production en électricité du pays alors que les centrales mises en service à partir de la fin des années 1950 arrivent en fin de vie. Sur la quinzaine de réacteurs encore opérationnels, un seul fonctionnera en 2030.

La seule centrale nucléaire en cours de construction au Royaume-Uni est celle de Hinkley Point C, dans le sud-ouest de l'Angleterre. Le français EDF, allié au chinois CGN, y a commencé les travaux pour deux réacteurs de type EPR. Censée être livrée à partir de la fin 2025, cette centrale doit fournir 7% des besoins en électricité britanniques.

Deux autres projets sont à un stade moins avancé, celui de Sizewell dans le Suffolk (est) avec deux EPR prévus, porté par EDF et le chinois CGN, ainsi que celui de Bradwell dans l'Essex (sud-est), 100% chinois. "La décision (de Hitachi, ndlr) est un désastre pour l'économie britannique et les besoins futurs en énergie du pays", a déploré Peter McIntosh, un responsable du syndicat Unite qui s'est inquiété du respect des objectifs climatiques.

Le Brexit crée un environnement instable

Le gouvernement a toutefois tenu à rappeler jeudi son engagement envers le nucléaire et promis que le pays ne manquerait pas d'électricité. Mais il a prévenu qu'il ne financerait pas le nucléaire à tout prix, afin de ménager les consommateurs et contribuables, d'autant que le coût des énergies renouvelables chute, notamment l'éolien en mer.

Il s'agit de ne pas reproduire le schéma retenu pour Hinkley, qui garantit un prix de l'électricité à EDF jugé trop élevé par les nombreux détracteurs du projet. "Le gouvernement devrait reconnaître que le pari sur le nucléaire ne paie pas, ne pas entraver les énergies renouvelables et repenser de manière urgente l'avenir de l'énergie britannique", a souligné l'ONG Greenpace.

Convaincre de nouveaux industriels du nucléaire sera une tâche ardue pour les pouvoirs publics à l'heure du Brexit qui signifie le départ du Royaume-Uni d'Euratom, régulateur européen du secteur. "Les investisseurs dans les infrastructures cherchent de la stabilité juridique, réglementaire et dans la politique climatique. Il sera plus dur d'attirer des groupes étrangers dans un environnement considéré comme instable", a expliqué mercredi à l'AFP John Drzik, un responsable du géant américain de la gestion des risques Marsh.

Pascal Samama avec AFP