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Les Français prêts à accepter une vidéosurveillance intelligente dans les commerces?

Cantonnée à la sécurité des biens et des personnes, la vidéo pourrait être utilisée pour d'autres objectifs en l'associant, par exemple, à de l'intelligence artificielle, plaide le secteur. Qui entend convaincre le régulateur et des Français encore réfractaires.

Depuis des dizaines d'années, la vidéosurveillance est entrée dans le quotidien des Français. Elle s'est déployée dans les rues de nos villes et à l'intérieur des magasins ou d'autres lieux publics comme les gares... Avec un objectif clair et unique: assurer la sécurité des biens et des personnes.

D'ailleurs, une récente étude* d'OpinionWay montre qu'une très large majorité de Français (77%) y est favorable en général (seuls 6% y sont tout à fait opposés) et même à plus de 90% lorsqu'on évoque la sécurité dans les gares et aéroports, les parkings ou encore les transports en commun.

Mais si légalement la vidéosurveillance ne couvre que les questions de sécurité, elle pourrait, en l'associant à d'autres technologies comme l'intelligence artificielle et l'analyse de données, devenir un outil marketing puissant pour les enseignes de distribution.

Améliorer la fluidité en caisse, identifier les ruptures de stocks, automatiser les achats...

Cette "vidéosurveillance intelligente" ou enrichie peut en effet offrir quelques fonctions intéressantes comme améliorer la fluidité du passage en caisse, la disponibilité des produits en rayons, l'identification des articles pris en rayon pour un encaissement automatique, la simplification de la pesée ou encore l'analyse du parcours client à des fins marketing. Ce sont souvent des fonctions d'automatisation.

Ces usages sont déjà une réalité en Chine ou encore aux Etats-Unis où sept des plus grands distributeurs les utilisent déjà.

En France, ces usages sont encore interdits et peu connus du grand public alors que le secteur voudrait pouvoir les tester et les déployer. Cela tombe bien, la Cnil (la Commission nationale informatique et libertés) vient de boucler une consultation publique sur le sujet afin d'envisager l'élargissement des champs d'application de la vidéosurveillance très strictement encadrée par la loi voire un peu trop aujourd'hui compte tenu des évolutions technologiques.

Reste que le degré d'acceptation est encore faible. Toujours selon l'étude, ces nouveaux usages sont assez peu acceptés: 45% seulement pour l'analyse du parcours client ou 51% pour l'encaissement automatique des produits pris en rayons, mais tout de même 58% pour la disponibilité des produits en rayons et 68% pour permettrre de fluidifier le passage en caisse. Mais ces chiffres restent très éloignés des questions de sécurité (plus de 80% en moyenne).

Effet Big Brother

"Il y a en effet une très bonne acceptation pour les questions de sécurité ou d'hygiène mais ces nouveaux usages sont mal acceptés car peu connus", souligne pour BFM Business, Franck Charton, délégué général de Perifem qui a initié le collectif visant à travailler sur le cadre des évolutions de la vidéosurveillance et qui est l'intiateur de cette étude.

68% des Français s'estiment en effet mal informés concernant les techniques, 65% concernant leurs droits en tant que citoyens et 62% par rapport aux droits et devoirs du magasins qui filme.

En clair, ce qui peut réduire les "irritants" comme fluidifier le passage en caisse avec ces technologies est bien accepté. Mais ce qui concerne les habitudes d'achat, ou l'analyse du profil client, cela génère "un effet Big Brother chez les gens. Il y a cette crainte d'être traqué et c'est assez normal, surtout quand on voit ce qui se passe en Chine avec la reconnaissance faciale par exemple. C'est le résultat d'un manque de pédagogie, notre rôle est d'expliquer et d'être transparent", explique Franck Charton.

D'ailleurs, le secteur du commerce et de la distribution n'entend pas pousser trop loin le curseur. C'est justement mis en avant dans la contribution faite à la consultation de la Cnil. "Il faut préciser les limites de ce qu'on veut faire. La reconnaissance faciale par exemple, on ne le demande pas. Et si de nouveaux usages sont possibles, il faudra être très clair en terme d'information et pourquoi pas publier une charte de la vidéosurveillance responsable", détaille le responsable.

"Il y a d'ailleurs une vraie prudence du secteur à ne pas aller trop vite, même avec des nouveaux outils que l'on peut immédiatement déployer pour des objectifs de sécurité", explique-t-il.

Le secteur prudent mais impatient

Et de poursuivre: "nous souhaitons la mise en place d'un cadre législatif et juridique clair et sécurisant car la loi actuelle est dépassée et plonge le secteur dans le flou". L'extension des usages nécessitera une modification de la législation qui pourra s'appuyer sur les conclusions de la Cnil.

Mais le secteur a bien en tête les gains palpables de l'utilisation de ces technologies.

"Cela dépend des usages mais aux Etats-Unis par exemple, la vidéosurveillance intellifente pour la gestion des ruptures de stocks en rayons peut permettre de gagner quelques points de chiffre d'affaires. C'est colossal. En réalité, ces technologies permettent un retour sur investissement en moins d'un an. Tout ce qui est lié à l'automatisation permet un retour sur investissement intéressant car elle permet par exemple plus d'amplitude horaire des magasins", détaille Franck Charton.

De la prudence donc pour le secteur qui ne veut pas effrayer ses clients et jouer la carte de la pédagogie mais aussi pas mal d'impatience compte tenu des bénéfices qu'il pourrait en tirer...

*: Echantillon de 1022 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas. L’échantillon a été interrogé par questionnaire auto-administré en ligne. Les interviews ont été réalisées du 12 au 13 janvier 2022.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business