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Les Français mangent toujours plus au restaurant

Le volume de burgers servis au restaurant a été mutliplié par 14 en dix ans.

Le volume de burgers servis au restaurant a été mutliplié par 14 en dix ans. - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Le taux de repas pris à domicile par les Français s’effondre, et la tendance va s’accélérer cette année. Mais les consommateurs, alors qu’ils font attention à manger sainement chez eux, vont boulotter toujours plus de frites au resto.

Longtemps très casaniers par rapport au reste du monde, les Français mangent de plus en plus dehors. Une tendance qui va s’intensifier en 2019. En revanche, même si l’offre de plats sains se développe, ils continuent de manger trop gras, trop sucré et trop salé dès qu'ils sortent de chez eux.

Actuellement, les habitants de l’Hexagone prennent 1 repas sur 7 à l’extérieur. C’était 1 sur 8 l’année précédente, pour un ratio qui reste néanmoins très bas par rapport aux Espagnols, Italiens et Britanniques, qui vont se sustenter au restaurant au moins 1 fois sur 5. Et à des années lumières des Américains, qui ne mangent à leur domicile qu’une fois sur deux.

Des Français qui ne savent plus cuisiner

Les habitudes des Français sont en train de changer à vitesse grand V en France, et "2019 devrait voir la part de déjeuners et dîners pris à l’extérieur exploser", prévient Bernard Boutboul, spécialiste de la restauration et président du cabinet Gira Conseil. Le record de 10 milliards de repas pris à l’extérieur relevé en 2017 par le cabinet devrait être pulvérisé cette année.

Pourquoi? D’abord parce que nous avons de moins en moins le temps de rentrer déjeuner chez nous le midi. "Le taux de retour à domicile des actifs pour déjeuner s’effondre, parce qu’on doit aller de plus en plus vite, de plus en plus loin, et que notre frigo est de plus en plus souvent vide", indique Bernard Boutboule.

Autre raison à cette tendance du manger dehors: "en dépit du succès des émissions comme Top Chef, les Français ne savent plus cuisiner, et ne prennent même plus la peine d’acheter de quoi le faire", affirme Bernard Boutboul. Son cabinet a constaté que les ventes aux particuliers de casseroles, couteaux et autres ustensiles de cuisine basiques s’effondrent.

Une offre flexitarienne qui se développe doucement

Problème: ce ne sera pas très bon pour notre santé. Car si les Français font de plus en plus attention à ce qu’ils mangent chez eux, au restaurant, ils ne s’alimentent pas très sainement. "75% des assiettes déposées sur les tables des restaurants contiennent des frites, contre 60% il y a une décennie", précise Bernard Boutboul. Le volume de burgers consommés a été multiplié par 14 en dix ans, et la consommation de desserts, avec notamment le café gourmand, s’est également envolée, raconte le spécialiste.

Cette manière de manger à l’opposé des campagnes contre le "trop gras, trop salé, trop sucré" semble contradictoire avec l’évolution des comportements alimentaires des Français. "Aujourd’hui, plus de 8 français sur 10 consomment régulièrement une alternative à la viande chez eux. Mais en dehors de leur domicile, ils ne trouvent pas d’offre correspondante", explique Thierry Merheb, directeur Europe pour Bonduelle.

Longtemps, les restaurateurs ont ignoré une population de végétariens qui ne représente que 3% de la population, et ne fait que moyennement confiance aux restaurateurs. Mais c’est en train de changer, constate-t-on chez Bonduelle Food Service, la filiale du géant de la conserve qui fournit les restaurants et les cantines. L’année dernière, ses commerciaux lui remontaient un nombre incalculable de demandes de clients restaurateurs qui veulent développer une offre beaucoup plus "flexitarienne".

Bonduelle a donc lancé il y a quelques semaines des "pépites": une vaste gamme de mélanges de légumes, légumineuses et céréales, qui permettent de réaliser à grande échelle des assiettes complètes sans protéines animales. Des salades, des risottos, des pokebowl. "La dynamique est très forte pour 2019", s’enthousiasme Thierry Merheb. De quoi laisser espérer qu’en 2020 donc, on mange toujours plus dehors, mais sain.

Nina Godart