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Les facturations arrangeantes d'Optic 2000 pourraient lui coûter une fortune

Optic 2000 aurait pratiqué "l'optimisation de facture".

Optic 2000 aurait pratiqué "l'optimisation de facture". - Thomas Samson - AFP

Attaqué par son concurrent Optical Center, la leader du secteur a été condamné à lui verser 30 millions d'euros. Il a préféré se placer sous procédure de sauvegarde en attendant le jugement en appel.

Comment lutter contre les pratiques des opticiens qui plombent les comptes des mutuelles ? Pour certains concurrents, la réponse est judiciaire. Accusé par Optical Center de pratiquer "l'optimisation de facture", leader du secteur, Optic 2000, risque ainsi de payer au prix fort une logique commerciale logiquement appréciée par ses clients. Dans les Echos datés de ce lundi 19 janvier, on apprend en effet que le tribunal de commerce de Paris a lourdement condamné, le 22 décembre, deux structures juridiques du groupe Optic 2000, Gadol la centrale d'achat et structure mère, et Frères Lissac société qui exploite une centaine de magasins. La justice a donné raison à Optical Center et exigé le versement d'une réparation de 29,5 millions d'euros. Un jugement dont Optic 2000 a immédiatement fait appel.

Même s'il détient 32 millions d'euros de fonds propres, lui permettant de payer cette amende, Optic 2000 a préféré demander d'être placé, le 13 janvier, sous la protection d'une procédure de sauvegarde auprès du tribunal de commerce de Nanterre. "Le paiement d’une telle somme aurait affaibli les finances de Gadol Optic 2ooo et compromis la mise en oeuvre d’importants projets stratégiques essentiels à la bonne marche du réseau et à la poursuite de son développement", explique Optic 2000 dans un communiqué.

D'autant qu'une procédure de sauvegarde, "n'aura que très peu de conséquences sur le fonctionnement au quotidien de l'entreprise".

Montant astronomique

"La procédure de sauvegarde, qui n'est pas un redressement judiciaire, nous permet de geler l'ensemble de nos dettes et d'en étaler le paiement jusqu'à dix ans s'il le faut. Concernant notre condamnation, nous constituerons des provisions qui seront séquestrées sur un compte de la Caisse des Dépôts et Consignations en attendant le jugement d'appel", explique Didier Papaz, président d'Optic 2000, aux Echos.

La cour d'appel de Paris va devoir trancher. Et chez Optic 2000, on reste confiant. Laurent Levy, patron d'Optical Center, a en effet déjà attaqué Afflelou, le réseau Atol et la coopérative Krys. Cette dernière possède la même organisation coopérative qu'Optic 2000 et l'action à son encontre a été déboutée.

De plus, Optic 2000 fait valoir que les faits reprochés ne constituaient pas une pratique généralisée. La coopérative n'est pas responsable des actes de ses membres. D'ailleurs, le groupe a mis en place un logiciel interdisant la modification d'une facture. Une charte éthique a été signée. "En prenant des mesures drastique pour imposer ces logiciels auprès de son réseau, l’enseigne a perdu plus de 100 opticiens qui n’acceptaient pas cette contrainte et sont partis de leur propre chef", précise le groupe.

Les Echos notent enfin que le montant est astronomique, "pour des pratiques qui, à une époque, étaient le fait des opticiens de tous bords".

Yves Guenin, le secrétaire général du groupe Optic 2000, était invité dans Good Morning Business au lendemain de l'officialisation de l'amende de 30 milliards à laquelle a été condamné l'opticien.

Il a remis en cause les pratiques d'Optical center, le concurrent qui "a voulu jouer le chevalier blanc dans cette histoire". Les documents que ce dernier a fourni à la justice, 12 factures qui ont été alignées, à posteriori, sur les remboursements des mutuelles, sont peu fiables, estime-t-il. "Sur la base de 12 attestations, il n'y avait aucune pièce d'identité fournies pour 6 d'entre elles, et certaines autres n'étaient pas signées". 

Quant à la vérité des prix dans l'optique, parfois mise en doute, Yves Guenin affirme que "le marché de l'optique a beaucoup évolué". Les opérations d'Optical Center "remontent à 2007-2008". Aujourd'hui, "c'est le respect complet des accords avec les complémentaires. Si les prix des équipements sont inscrits dans ces contrats, les opticiens ne peuvent plus frauder". 

D. L.