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Les consommateurs prêts à payer plus cher des produits plus durables

La valise est le produit pour lequel les ventes augmentent le plus.

La valise est le produit pour lequel les ventes augmentent le plus. - Flickr-CC-Detached31

"Une étude européenne montre que les Français condamnent clairement l’obsolescence programmée. Un label "durable", garantissant la résistance à l'usure, pourrait booster les ventes sur certains produits comme les valises, les imprimantes ou encore les cafetières."

Voilà qui pourrait réconcilier intérêts économiques et écologiques. On savait que la certification AB ou la mention Made in France faisaient vendre, une étude européenne publiée le 30 mars montre qu'un label validant la durabilité d'un produit pourrait avoir un effet comparable.

Les consommateurs sont bel et bien disposés à payer plus cher un produit dès lors que son fabricant leur assure une plus grande résistance à l'usure du temps, d’après une étude publiée cette semaine par le Conseil économique et social européen (CESE) intitulée "Les effets de l'affichage de la durée d'utilisation des produits sur les consommateurs". En France, les ventes des produits pour lesquels il était mentionné une durée de vie minimale de plusieurs années ont progressé de 18 à 28%.

+28% de vente sur les valises

Sur huit produits testés, la valise est le produit pour lequel les consommateurs sont le plus sensibles à cet argument, avec une augmentation des ventes de 28%. Arrivent ensuite les imprimantes (+27,4%), les pantalons (+26,9%) puis les lave-linge (+26,9%). Des améliorations ont également été constatés pour les chaussures de sport, les cafetières, les aspirateurs et, dans une moindre mesure, les smartphones. En revanche, l’impact sur les ventes de téléviseurs n’est pas significatif.

Une écrasante majorité des sondés (90%) déclarent être disposés à payer plus cher un lave-vaisselle qu'ils n'auront pas à remplacer dans les deux ans. "En moyenne, ils déclarent être disposés à payer 102 euros de plus pour cette garantie sur un lave-vaisselle dont le prix d’achat se situerait entre 300 et 500 euros", précise l’étude. Les personnes les plus sensibles à l’argument de la durabilité du produit sont les femmes. Les jeunes –âgés de 25 à 35 ans-, en tiennent aussi davantage compte que leurs aînés.

Cette étude réalisée par un consortium de recherche composé de l'agence française Sircome, l’université de Bretagne-Sud et l’université tchèque de Bohême du Sud montre aussi la somme que le consommateur est prêt à dépenser en plus varie selon le PIB du pays qu’il habite.

L'Union européenne encouragée à légiférer

Verra-t-on bientôt émerger un label "produit à longue durée de vie" au rayon équipements de la maison? Les auteurs de l’étude militent en ce sens. "Le CESE appelle la Commission européenne à élaborer une législation européenne sur l’obsolescence programmée, propose que l'industrie instaure des dispositifs de certification volontaire", écrivent-ils ainsi.

L’enjeu pour les entreprises est de voir leurs ventes progresser en jouant sur la corde sensible de l’environnement. Mais au-delà, un changement de pratiques pourrait correspondre à une évolution des modes de consommation. "La mention explicite de la durée de vie minimale garantie d'un produit contribue à renforcer la confiance des consommateurs vis-à-vis des entreprises et, à terme, à passer d’une société du gaspillage à une société durable", commente ainsi Thierry Libaert, enseignant en communication à Sciences Po et rapporteur de l’avis du CESE.

Surfant sur cette tendance du durable, plusieurs entreprises se sont essayé à des initiatives innovantes à l’image de la machine à café "Ek’Oh" de Malongo, démontable et recyclable à 75%, ou du fameux "Fairphone", conçu pour être facilement réparé.

Adeline Raynal