BFM Business

Le linge sale du cartel des machines à laver s’étend sur la place publique

L'Autorité de la concurrence enquête sur une entente sur les prix entre les géants de l’électroménager, parmi lesquels Samsung, Brandt, Miele, Smeg, Arthur Martin, Electrolux, LG Whirlpool et Candy Hoover

L'Autorité de la concurrence enquête sur une entente sur les prix entre les géants de l’électroménager, parmi lesquels Samsung, Brandt, Miele, Smeg, Arthur Martin, Electrolux, LG Whirlpool et Candy Hoover - SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

L'autorité de la Concurrence enquête depuis cinq ans sur une entente sur les prix entre les géants de l'électroménager et les distributeurs. Durant des années, ces entreprises auraient mis au point une méthode basée sur un langage codé, des codes couleur et des listes noires pour favoriser certains distributeurs.

L'enquête menée par l’autorité de la concurrence risque de faire du bruit dans l'industrie de l'électroménager. Selon une enquête publiée par Le Point, elle porte sur une entente sur les prix entre fabricants d’électronique grand public parmi lesquels Samsung, Brandt, Miele, Smeg, Arthur Martin, Electrolux, LG Whirlpool et Candy Hoover qui se concertaient à l’occasion de réunions de leur syndicat professionnel (Gifam).

Les filiales françaises de ces groupes mondiaux se seraient entendues sur les prix pour les imposer ensuite aux concurrents de Darty et de Boulanger qu'ils les vendent dans des boutiques physiques ou en ligne.

Le dossier remonte à plusieurs années et a conduit la justice à faire des descentes dans les locaux des entreprises concernées en octobre 2013 puis en mai 2014. Ces raids qui à l'époque ont été rapportés par Le Figaro, ont été contestés ce qui a retardé l’enquête. Mais la dizaine de jugements sur leur validité, que Le Point dévoile et que BFMBusiness a également consulté, mettent en évidence les méthodes mises en place.

"Circonscrire la concurrence sur internet"

Pour que ces pratiques soient autant que possible discrètes, un langage codé a été mis au point. Dans les échanges, "le terme ‘stock’ était utilisé à la place du mot ‘prix’". Ainsi, quand un revendeur apprenait qu’il devait faire monter les stocks, ils savaient quoi faire.

Et pour savoir ce qu’ils pouvaient vendre ou pas en utilisant le même support de commande, les fabricants auraient utilisé un code couleur et des listes noires. Selon un témoignage, "le bleu était utilisé par un fabricant pour désigner les appareils exclus de la vente sur internet".

L'ADLC a aussi relevé une autre méthode qui consistait à refuser l'agrément à certains distributeurs. Les fournisseurs leur interdisaient "de commercialiser leurs produits au seul motif qu'ils les diffusent sur internet" avec pour "finalité de circonscrire la concurrence sur internet".

Le Point rapporte le témoignage du gérant de WebAchatFrance, un vendeur en ligne qui a déposé le bilan en 2011, qui affirme que "les distributeurs récalcitrants auraient été victimes de blocages de leurs comptes, de refus ou d'arrêt de livraisons et les grossistes auraient été sollicités pour faire respecter la police des prix des fabricants".

"La loi n'envisage pas de clémence"

Selon Le Point, dès 2013 Whirlpool aurait envisagé de négocier un accord avec la justice comme l'indique un mail rédigé par un dirigeant de l'entreprise: "L'avocat a indiqué que, contrairement aux activités de cartel parmi les concurrents, dans une entente verticale [entre fournisseurs et distributeurs, NDLR], la loi n'envisage pas de clémence pour une société qui contacte les autorités pour admettre des manquements et coopérer dans l'enquête".

Dans ce courriel, le dirigeant précise que son avocat conseille plutôt de "se concentrer [...] sur des formations en compliance, particulièrement spécifiques à la vente en ligne, pour que nous puissions démontrer que, lorsque nous avons découvert cette pratique, nous y avons répondu de manière appropriée".

Pour le moment, comme nous l'a signalé un proche du dossier, "l'instruction suit son cours". Mais si les preuves sont établies, les sociétés risquent une amende pouvant atteindre 10% du chiffres d’affaires mondiale du groupe auxquelles elles appartiennent. Interrogées par Le Point, les entreprises concernées n'ont pas souhaité faire de commentaire et affirment que "pour l'instant aucun grief ne leur a encore été formulé".

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco