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Le lait français intéresse de près les Chinois

Les Chinois investissent dans les laiteries françaises

Les Chinois investissent dans les laiteries françaises - -

Les Chinois investissent de plus en plus dans les laiteries françaises. Avec les scandales sanitaires, ils ne font plus confiance dans leur propre production. Mais cette arrivée inquiète les éleveurs français.

Après le vin français, les Chinois s'attaquent au lait. Entre les scandales sanitaires et le manque de production sur leur territoire, ils doivent s'approvisionner ailleurs. Et ils vont même jusqu'à investir dans des laiteries hexagonales. Dernier exemple en date, l'entrée de la société chinoise Biostime au capital de la coopérative normande Isigny Sainte-Mer, début juillet.

Biostime a investit 20 millions dans le Calvados pour aider la coopérative à construire une usine lui permettant de plus que doubler ses capacités de production (à 50.000 tonnes). En échange, la coopérative s'engage à réserver un tiers de sa production à Biostime et lui offre un siège (sur 15) à son Conseil d'administration.

D'autres laiteries approchées

Et la coopérative n'est pas la seule à s'être fait approcher par les Chinois. "Oui, nous sommes sollicités par un groupe chinois", raconte à l'AFP Gilles Falc'hun, patron du groupe Sill (yaourts Malo, lait Matines...).

Chez Lactalis aussi, "on a pu avoir des demandes ici ou là mais notre stratégie n'est pas de ce type: nous souhaitons vendre principalement sous nos propres marques", explique à l'AFP Michel Nalet, porte-parole du très discret groupe familial. Peu connu du grand public, Lactalis est pourtant le plus grand groupe laitier au monde avec des marques comme Lactel, Président ou Galbani. Sa puissance lui permet d'avancer seul en Chine, contrairement à d'autres.

Sodiaal (Yoplait, Entremont...) par exemple a mis en place une double stratégie. Cet été, le groupe coopératif annonçait l'arrivée de sa marque Candia sur le marché chinois. En parallèle, il a noué en France un accord avec Synutra, le quatrième producteur chinois de lait infantile. Là encore, il s'agit de construire une usine de séchage de lait en poudre d'une capacité de 100.000 tonnes par an à terme, selon Synutra. L'usine, en construction à Carhaix (Finistère), appartient à 90% aux Chinois, qui y investissent 90 millions d'euros.

La France veut vendre sa charcuterie

Cette présence des Chinois inquiètent certains. "Le partenariat court sur 10 ans. Des éleveurs vont augmenter leurs capacités de production pour fournir aux Chinois mais si au bout de 10 ans ils partent, il se passe quoi ?", s'alarme Eric Duverger, éleveur pour Sodiaal en Ille-et-Vilaine et membre de la Confédération paysanne.

François Souty, professeur à l'université de La Rochelle et spécialiste du droit de la concurrence, lance une mise en garde: "si on vend du lait français sous marque chinoise sans mécanismes de contrôles stricts en Chine, ce qui nous pend au nez, c'est un problème sanitaire avec toutes les répercussions que cela pourrait avoir en termes d'image, comme on vient de voir avec le néo-zélandais Fonterra (...) car qui va contrôler les process une fois la marchandise en Chine ?"

En revanche, interrogé par l'AFP, le ministre délégué à l'Agroalimentaire Guillaume Garot ne pense que "du bien" de ces investissements chinois. "Au nom de quoi se priver d'un investissement qui valorise la qualité française et crée des emplois ?", demande le ministre. Il faut dire que la France espère bien des contreparties, comme l'autorisation de vendre la charcuterie française en Chine. Autorisation qu'elle n'a toujours pas.

Diane Lacaze & AFP