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La récolte du coco de Paimpol mise à mal par un accord sur les salaires

Désormais les saisonniers sont payés au SMIC mais doivent ramasser 18 kilos/heure.

Désormais les saisonniers sont payés au SMIC mais doivent ramasser 18 kilos/heure. - Fred Tanneau - AFP

Chaque année, quelque 2000 saisonniers récoltent à la main ce haricot blanc qui bénéficie d'une AOP. Mais la récolte 2017 est bouleversée par un accord qui doit leur permettre d'être rémunérés au SMIC, et non plus au poids ramassé. Ce qui n'arrange ni les employeurs… ni les travailleurs.

Cultivé exclusivement dans le nord-ouest des Côtes-d'Armor, le coco bénéficie d'une appellation d'origine protégée (AOP). Et celle-ci oblige à faire une récolte uniquement à la main. Chaque année, ce sont 2000 saisonniers qui s'y attèlent.

Mais la récolte 2017 est bouleversée par des questions réglementaires. Un accord, passé l'hiver dernier sous l'égide des pouvoirs publics entre producteurs/employeurs et syndicats de salariés, bouleverse les habitudes: autrefois payés au poids ramassé, les saisonniers, appelés "plumeurs", le sont désormais au SMIC, avec une obligation de rentabilité. "Aucun salarié ne doit être payé au-dessous du SMIC, y compris les saisonniers", martèle Jean-Edmond Coatrieux, secrétaire départemental de la CGT, qui participait aux négociations côté saisonniers. Selon lui, l'ancien système "permettait surtout de ne pas payer les gens à la valeur de leur travail".

"On est déjà à quinze contrôles depuis le début de la récolte" qui dure d'août à octobre. "On essaye d'être réglo, mais faut pas nous faire des tartines", s'insurge pour sa part Hervé Guézou, producteur et responsable de la section régionale du coco de Paimpol à l'Union des coopératives de Paimpol et Tréguier (UCPT).

Obligation de récolter 18 kilos par heure

Auparavant, "chacun venait quand il voulait et était payé en fonction du poids ramassé", rappelle Didier Lucas, président de la FDSEA. Désormais "les gens sont payés au SMIC mais doivent ramasser 18 kilos/heure. J'ai essayé une fois, ce n'est pas facile 18 kg en une heure! Celui qui n'y arrive pas, les producteurs ne le prennent plus". "Du coup, ça éjecte des tas de gens", assure-t-il, notamment les retraités qui venaient pour un revenu d'appoint.

Dans un rapport de décembre 2016 que l'AFP s'est procuré, l'Inspection du travail explique que, sur un échantillon de 424 salariés, "le poids moyen de cocos plumé est de 114,8 kg par salarié" pour 7 heures de travail, "soit un salaire horaire de 8,71 euros" quand le SMIC était de "9,67 au 1er janvier 2016". Et ce, sans majoration pour les dimanches ou les jours fériés. Le nouvel accord prévoit le ramassage de 126 kg en 7 heures.

Une production en recul

La récolte, qui allait jusqu'à 12.000 tonnes dans les années 70-80, est désormais tombée entre 6500 et 7000 tonnes, selon Hervé Guézou. Et avec la nouvelle donne, certains agriculteurs envisagent d'arrêter la production. Hervé Guezou a lui choisi de réduire ses surfaces de haricots de 15 à 9 hectares cette année.

Sur son exploitation à Pléhédel, se côtoient une quinzaine de plumeurs: retraités, précaires et étudiants. Chacun apporte glacière, parasol, en-cas, ramassant les gousses blanchâtres sous une météo changeante. Mais compter ses heures n'est pas encore dans les mœurs des plumeurs, habitués à venir quand ils veulent, sans justifier de leurs absences.

Pour Gisèle, 78 ans, plumeuse depuis cinq ans pour compléter sa retraite, "hors de question de noter les heures": "Je pars quand j'en ai marre". Un autre est allé chez l'ophtalmologue sans prévenir, tandis qu'une lycéenne n'est pas allée au bout de sa journée, "trop dure"

Des difficultés pour recruter

Pour sa récolte 2017, Hervé Guézou peine à recruter: "Je ne peux compter exclusivement que sur mon noyau dur de retraités". Pour autant, il n'emploie pas d'étrangers car "ils travaillent trop et dépassent les 200 kilos par jour". "Comme on est sur des petits salaires, on a des abattements de charge, et si on dépasse les 150 kilos par tête, ce n'est plus intéressant", justifie-t-il.

"Il y a ceux qui n'en font pas assez et ceux qui en font trop", résume Hervé Guézou pour qui, jusqu'en novembre, la récolte sera "un casse-tête".

"Si les conditions de travail étaient meilleures, les gens resteraient", rétorque, lui, Jean-Edmond Coatrieux, qui souligne des conditions de logement souvent "indécentes".

C.C. avec AFP