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La grande distribution, « d’un commerce de masse à un commerce de précision »

Auchan a annoncé la cession de 1.600 magasins au groupe italien Conad.

Auchan a annoncé la cession de 1.600 magasins au groupe italien Conad. - Remy Gabalda - AFP

En grande difficulté, Auchan a annoncé la cession de pratiquement tous ses magasins en Italie, deux semaines après avoir acté la vente de 21 sites français.

Auchan l’avait assuré, le redressement de son activité allait passer « par des arbitrages et des renoncements ». Ce mardi, le géant nordiste a donc annoncé la cession de sa filiale italienne au groupe italien Conad. Cela représente environ 1600 magasins dont 46 hypermarchés, et 18 000 employés dans la péninsule où le groupe s’était implanté il y a 30 ans.

« C'est pour les équipes d'Auchan Retail Italia l'opportunité de rejoindre un acteur italien désormais leader sur le marché et à la forte dynamique commerciale », a commenté dans un communiqué le président d'Auchan Retail, Edgard Bonte.

Cette décision intervient deux semaines après une autre annonce : la vente de 21 sites en France « sans perspective réaliste de retour à la rentabilité ». Le distributeur soulignait que si les sites français (supermarché, hypermarché, entrepôt et drive) ne trouvaient pas preneur, « un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) sera alors ouvert ».

En 2018, le géant français perdait plus d’un milliard d’euros, affecté d’un côté, par des dépréciations dans son pôle distribution, de l’autre, par de mauvais choix stratégiques mis en place ces dernières années.

« L’hypermarché n’est plus une destination »

Pour les observateurs, Auchan a raté la mutation forte du secteur avec des consommateurs qui ont changé leurs habitudes et fréquentent moins les hypermarchés, où Auchan est fortement positionné.

« Les Français continuent de fréquenter, massivement, les hypermarchés » souligne Agnès Crozet, secrétaire générale de l’Observatoire société et consommation (ObSoCo). « Néanmoins, si l’on observe la dynamique, on voit un net retrait des grandes surfaces au profit d’autres circuits plus segmentant, comme le bio, le discount ou le drive ».

Les modes de consommation changent. « Les consommateurs se tournent vers des formats qu’ils jugent plus pratiques et moins stressant. Leurs attentes sont plus spécifiques, ce qu’ils ne retrouvent plus dans les grandes surfaces. On passe progressivement d’un commerce de masse à un commerce de précision qui va cibler un certain nombre d’attentes particulières des consommateurs », poursuit l’experte.

Le retour des grandes enseignes dans les centres-villes va donc de pair avec ce besoin de praticité qu’éprouvent les consommateurs. « Le modèle qui avait cours jusqu’à présent, prendre sa voiture pour faire toutes les courses de la semaine en une seule fois, n’est plus en vogue. Le supermarché ou l’hypermarché n’est plus une destination », conclut Agnès Crozet. Les distributeurs doivent s’adapter.