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La direction de P&G mise sous pression par un actionnaire exigeant

C'est la première attaque qu'il lance publiquement contre une grosse entreprise dépassant les 200 milliards de dollars de capitalisation boursière.

C'est la première attaque qu'il lance publiquement contre une grosse entreprise dépassant les 200 milliards de dollars de capitalisation boursière. - Evan Agostini / Getty Images North America / AFP

Nelson Peltz qui détient pour 3,3 milliards de dollars d'actions du fabricant de produits ménagers et d'hygiène (Ariel, Pampers, Gillette...) demande 13 milliards de dollars d'économies supplémentaires ainsi qu'un siège au conseil d'administration.

Le financier et milliardaire américain Nelson Peltz a lancé ce lundi une offensive contre P&G. Il demande à la société de faire au moins 13 milliards de dollars d'économies supplémentaires pour enrayer l'érosion des ventes. L'actionnaire, qui détient pour 3,3 milliards de dollars de titres du fabricant de produits ménagers et d'hygiène, demande également un siège pour lui-même au sein du conseil d'administration.

En cas de refus, il menace le fabricant des couches Pampers, des rasoirs Gillette ou encore de la lessive Ariel, d'une guerre des résolutions lors de la prochaine assemblée générale annuelle. Ce bras de fer médiatique intervient après cinq mois de discussions en coulisses et surtout au moment où Procter and Gamble est engagé dans une restructuration visant à faire 10 milliards de dollars d'économies d'ici 2021. Le groupe a déjà supprimé quelque 24.000 emplois et cédé des actifs jugés non stratégiques.

Baisse du chiffre d'affaires

Cette cure d'austérité s'ajoute à une première annoncée en 2012 tablant sur 10 milliards de dollars de réductions de coûts également via la fermeture d'une dizaine d'usines et la cession d'une centaine de marques pour se concentrer sur les plus rentables. En dépit de ces efforts, les ventes n'ont pas décollé: le chiffre d'affaires a baissé de 1% à 15,61 milliards de dollars au troisième trimestre de l'exercice fiscal 2017 clôturé fin mars.

Il faut dire que, comme les autres géants des produits ménagers, le groupe de Cincinnati (nord-est des États-Unis) n'a pas sorti de produit révolutionnaire depuis des années et a du mal à contenir la montée en puissance de marques "bio". 

13 milliards de dollars d'économies

Dans son communiqué, Nelson Peltz indique pour sa part avoir détecté des postes d'économies supplémentaires, qui s'élèveraient à au moins 13 milliards de dollars et promet que cette fois-ci le groupe enregistrerait de meilleurs résultats financiers. "Procter and Gamble a perdu des parts de marché face à ses rivaux dans toutes les catégories de produits", déplore le financier, soulignant que ceci est dû à une "bureaucratie et des coûts excessifs".

Se disant concentré à appliquer sa stratégie destinée à accélérer la croissance organique du chiffre d'affaires et des volumes de ventes, Procter and Gamble a assuré lundi être "confiant" sur le bien-fondé de ses initiatives. "Le conseil d'administration est confiant que les changements qui sont en train d'être effectués produisent des résultats et exprime son total soutien à la stratégie et aux projets de la direction", a déclaré l'entreprise dans un courriel à l'AFP.

L'attaque de Nelson Peltz, présent également au capital de Danone, Mondelez et General Electric entre autres, est la première qu'il lance publiquement contre une grosse entreprise dépassant les 200 milliards de dollars de capitalisation boursière. Procter and Gamble valait 222,77 milliards de dollars de capitalisation boursière vendredi soir à la clôture de Wall Street.

Si le milliardaire Carl Icahn avait fait pression sur Apple, le financier n'avait jamais demandé de siège au sein du conseil d'administration ni menacé le groupe à la pomme d'une guerre des résolutions. Nelson Peltz s'était lui-même gardé jusqu'ici d'employer de telles tactiques contre des géants comme GE. Il assure toutefois lundi ne pas demander le départ du PDG de P&G ni la scission de l'entreprise et s'engage à ne pas le faire même s'il intègre le conseil d'administration.

P.L avec AFP