BFM Eco

La consigne pour les bouteilles en plastique est-elle une bonne idée ?

Le jour de la présentation en conseil des ministres du projet de loi anti-gaspillage ce mercredi, des critiques s’élèvent au sujet de sa mesure phare: la consigne sur les bouteilles en plastique.

La consigne va faire son grand retour en France. C’est une des mesures phares du projet de loi anti-gaspillage présenté ce mercredi en Conseil des ministres. Mais à la différence de celle que connaissaient nos grands-parents qui rapportaient leurs bouteilles en verre à l’épicerie, la nouvelle consigne portera sur les bouteilles en plastique (et accessoirement les canettes).

La secrétaire d’État à la Transition énergétique, Brune Poirson, a fait de cette nouvelle consigne l’étendard de son projet de loi. Le moyen de dépasser les seules 57% de bouteilles en plastique revalorisées aujourd’hui. Mais des voix s’élèvent déjà pour critiquer cette mesure qui n’entrera pas en vigueur avant deux ans. Passage en revue des arguments des mécontents.

> Un manque à gagner pour les petites villes

L’association des petites villes de France n’a pas attendu que Brune Poirson détaille les règles de la nouvelle consigne pour dénoncer la mesure. Alors qu’on ne connaît pas encore le montant de la consigne par bouteille, ni comment s'organisera la collecte, l’association déplore un manque à gagner à venir pour les communes.

"Actuellement, les collectivités revendent les déchets qu’elles collectent, ce qui représentent des ressources financières importantes pour elles", explique l’APVF. Demain, les bouteilles plastiques qui retourneront en magasin plutôt que de finir dans la poubelle jaune ne leur rapporteront rien.

Le maire de Joigny, commune de l’Yonne de 23.000 habitants, évoque ainsi sur Twitter une manne de centaines de milliers d’euros qui pourrait se tarir, et entraîner une augmentation de 20% des impôts locaux.

> Des industriels qui vont s’enrichir indûment 

Dans sa série de tweet sur le sujet, Nicolas Soret, regrette qu’on soit "en train de donner au privé ce qui a de la valeur (votre bouteille de Cristalline, en "PET clair", une forme de plastique qui se revend chez moi 350 euros la tonne)". Alors que les communes, elles, vont conserver "tout ce qui a un coût (votre pot de yaourt en polystyrène, qu'il nous coûte de faire détruire)".

L’association des petites villes françaises dénonce un autre biais de transmission de la valeur vers le privé: "les consommateurs vont payer quelques centimes de plus leurs bouteilles en plastique, puisqu’elles seront consignées. Mais ils ne vont pas forcément les ramener. Dans ce cas, Coca, Nestlé ou Danone récupéreraient des gains indus".

> Moins de fonds pour les filières de recyclage

Dernier avantage pour ces grands industriels: de grosses économies sur leur éco-contribution, cette sorte de taxe qui sert à financer le recyclage. Elle est collectée par Citeo, un organisme à mission de service public qui redistribue ensuite ces fonds aux recycleurs. Mais les metteurs sur le marché d’emballages ne paient cette éco-contribution que s’ils ne collectent pas eux-mêmes les déchets issus de leurs produits. Donc si les industriels de l’agroalimentaire recueillent directement leurs bouteilles plastique via la consigne, ils seront exemptés d’éco-contribution sur ces produits. Federec, la Fédération des industriels du recyclage, estime le manque à gagner pour la filière recyclage à 100 millions d’euros.

> L’argent des communes dilapidé 

De leur côté, les villes ont investi des sommes colossales pour développer les filières de recyclage. Déjà près de 700 millions d’euros sur les 1,5 milliard prévus d’ici 2022 pour moderniser leurs centres de tri. Or lorsque la consigne sur les bouteilles plastiques sera instaurée, elles ne passeront plus par ces structures. Donc les investissements des villes pourraient se révéler très vite obsolètes.

"Chaque tonne de bouteilles PET détournée des centres de tri vers la consigne représente un manque à gagner d'environ 1000 euros pour les centres de tri", dénonce Jean-Philippe Carpentier, le président de Federec, sur LCI. Une somme issue de la vente de PET et des sommes pour chaque tonne de plastique trié que leur verse Citeo.

> Des petits commerçants défavorisés 

L’APVF pointe enfin l’inégalité qui va se créer entre les petits commerces et les grandes surfaces. Car les petites épiceries de quartier n’ont pas beaucoup d’espace de stockage pour garder les bouteilles en plastique. Et elles n’auront peut-être pas la trésorerie suffisante pour reverser la consigne aux consommateurs qui rapporteront leurs bouteilles achetées ailleurs.

Le maire de Joigny conclut sa série de tweet en expliquant avoir fait part de toutes ces inquiétudes au ministère depuis plusieurs mois. "Sans jamais obtenir de réponse précise".

Nina Godart