BFM Business

L'UFC-Que Choisir dénonce l'arnaque des locations longue durée d’électroménager

-

- - UFC - Que Choisir

L’association de consommateurs voit d’un mauvais œil la multiplication des offres de location longue durée d’appareils électroménagers chez les enseignes comme Cdiscount ou Darty. Elle alerte ce mercredi sur les multiples abus que ces nouveaux services occasionnent.

Cdiscount, Boulanger, Fnac, Darty… Tous les grands acteurs de l’électroménager se mettent ces derniers mois à proposer, plutôt que de vous vendre votre micro-onde ou votre télé, de vous le louer pour plusieurs années, contre un loyer mensuel très attractif. En France, ces offres de location longue durée d’appareils électroménager ont progressé de 257% depuis 2008.

Cette déferlante inquiète l’UFC-Que Choisir. L’association de protection des consommateurs dénonce ce mercredi l’arnaque totale que constitue ces services pour les consommateurs. Une arnaque qui repose sur trois piliers que voici :

> Un prix faussement attractif

Sur le papier, les locations longue durée d’appareils ménagers paraissent très avantageuses. En réalité, elles se révèlent souvent 3 à 4 fois plus chères que l’achat selon les calculs de l’association. L’UFC a par exemple étudié l’offre de LLD d’un téléviseur Philips sur Cdiscount. A l’achat, il coûte 350 euros. En paiement fractionné sur 4 mois, il revient à 90 euros par mois. En location, il ne coûte plus que 11 euros par mois, 8 fois moins cher. Mais en réalité, puisque le contrat de location engage sur 47 mois, le coût total de la location revient à 180 euros de plus qu’acheter le produit.

En tout, l’UFC que choisir a étudié 110 propositions de location. Elle en a tiré des moyennes de surcoût de la LLD: pour les télévisions, c’est 79% plus cher, 74% pour les lave-linges, 73% pour les micro-ondes, 47% pour les frigos et 14% pour les ordinateurs. Et ce sont des "estimations prudentes", affirme l’UFC, qui précise qu’ils n’ont pas tenu compte des éventuels frais supplémentaires facturés au moment de rendre l’appareil.

> Un argument écologique fallacieux

Ces dernières années, la principale évolution dans nos manières de consommer a été notre goût grandissant pour l’usage plutôt que la détention d’objets, à mesure que s’accroît notre conscience écologique, souligne l’association. À cet égard, les offres de LDD sont très séduisantes. Sauf qu’elles sont tout sauf vertueuses pour l’environnement, à écouter l’UFC.

Par exemple, pour toujours proposer des produits récents à la location, les loueurs les remplacent trop rapidement. Par exemple, ils ne louent les micro-ondes que pour 4 ans maximum, alors que la durée de vie de ce genre d’appareil est de 9 ans.

En outre, les professionnels incitent les consommateurs à louer des appareils dont ils n’ont pas besoin, comme des autocuiseurs. Et pour finir, ces enseignes les poussent toujours à prendre plus grand, les télévisions par exemple. Or plus l’appareil est massif, plus il consomme d’énergie.

> Une absence totale de régulation

Pour l’UFC, les offres de location longue durée d’appareils ménagers sans possibilité d’achat à terme, ça fonctionne exactement comme un crédit à la consommation. Comme quand il emprunte, le locataire d’un appareil électroménager est engagé vis-à-vis du loueur et doit lui verser des traites. Le problème, souligne l’UFC, c’est que le crédit à la consommation est très encadré par la loi, alors que la LLD ne l’est pas du tout. Par exemple, les professionnels de la location d’électroménager n’ont aucune obligation de vérifier la situation financière du loueur, ou d’aller regarder s’il figure dans la liste des mauvais payeurs de la Banque de France.

Cette absence de réglementation provoque un "déséquilibre total entre obligations du loueur, minimes, et celles du consommateur, exorbitantes", aux yeux de l’UFC-Que Choisir. Par exemple, le locataire a l’obligation de maintenir le bien en excellent état. Il doit revenir "comme neuf", après avoir été utilisé plusieurs années. Même si la panne vient d’un défaut de conception du produit, c’est le consommateur qui est responsable. Le loueur lui imposera ainsi des pénalités dont le montant n’est précisé nulle part dans les contrats de location. En outre, le loueur ne précise pas ce qu’il entend par "bon état", donc il peut décider au cas par cas de facturer des frais supplémentaires.

En conséquence, l’UFC demande aux pouvoirs publics de "mettre un cadre juridique à cette pratique". Notamment en imposant un plafonnement tarifaire pour les appareils, et en obligeant les loueurs à informer les locataires du coût total de la location avant de s’engager, et des surcoûts éventuels.

"On espère obtenir un encadrement avant que cette plaie ne se répande dans la société française", indique l’association de consommateurs. Si sa requête n’est pas suivie d’effet, elle saisira les tribunaux pour dénoncer les clauses abusives de ces contrats.

Nina Godart