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L'e-commerce craint l'alourdissement de la fiscalité

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Avec une hausse de 19 % des ventes en 2012, le commerce en ligne fait figure d’ovni dans le paysage économique. Mais les professionnels s’inquiètent de voir leur compétitivité remise en cause par l’instauration d’une taxe.

La croissance du e-commerce ne se dément pas. En 2012, les ventes en ligne ont progressé de 19 % pour atteindre 45 milliards d’euros, révèle le bilan annuel de la Fédération du e-commerce et des ventes à distance (Fevad), publié ce 24 janvier. Une belle performance quand on sait que la consommation des ménages est en recul de près de 3% sur la même période.

Pour maintenir la tendance, les professionnels du e-commerce vont intensifier l’interaction avec les réseaux de distribution physique en multipliant les expériences de distribution transcanal. Une évolution naturelle car ces activités sont très proches.

"Le e-commerce fait partie intégrante du commerce, c’est une étape de son développement", résume François Monboisse, le président de la Fevad. Rien d’étonnant donc, que dans le top 15 des sites de e-commerce les plus visités en France, figurent des grands noms de la distribution comme la Redoute, la Fnac ou encore Carrefour. "Il faut cesser d’opposer les deux canaux de distributions", a-t-il rappelé à plusieurs reprises, ce jeudi, lors de la présentation de son bilan à Bercy.

Cette vision unitaire de l'activité sert d’argument aux professionnels pour s’opposer à la mise en place d’une taxation sur l'e-commerce. Le gouvernement a, en effet, décidé de mettre fin aux pratiques de certains géants du net qui, bien que faisant un chiffre d’affaires record en France, ne sont presque pas soumis à l’impôt. Amazon fait partie des commerçants visés. Mais c'est tout le secteur qui doit être réformé.

Trouver des solutions européennes

"Nous ne sommes pas favorables à une taxe exclusive sur l' e-commerce, car serait complexe à gérer pour les entreprises qui sont lancées dans le multicanal. Comment faire le distinguo quand un produit a emprunté les deux canaux de distribution ?", s’interroge François Monboisse.

Le maintien de la compétitivité fait aussi partie des arguments avancés par les e-commerçants. " Il ne faut pas raisonner en terme de fiscalité franco-française car cela aurait une incidence sur nos prix. Or c’est le premier critères qui poussent un acheteur à aller dans une boutique étrangère", explique le responsable de la Fevad. Déjà, 19 % des internautes ont acheté à l’étranger en 2012, et la tendance ne pourrait que s’accentuer.

Sylvia Pinel, la ministre de l’artisanat, du Commerce et du tourisme, est consciente de cet écueil. " Je souhaite que les mêmes règles soient appliquées à tous. Mais la fiscalité du numérique ne doit pas conduire à l’affaiblissement des commerçants", a-t-elle précisé jeudi.

La réflexion ne fait que commencer. Les pistes apportées dans le rapport Colin & collin, rendu le 18 janvier, feront l’objet de discussions auprès de l’Union européenne, mais aussi lors des prochaines rencontres de l’OCDE et du G20.

Coralie Cathelinais