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Interdiction de l'alcool au volant : quels sont les enjeux financiers ?

L'alcool est responsable de 40% des accidents de la route des 18-25 ans.

L'alcool est responsable de 40% des accidents de la route des 18-25 ans. - -

Le gouvernement envisage d’interdire toute prise d’alcool aux jeunes conducteurs, qui sont les premières victimes de la route. Plus généralement, l’alcoolisme coûte cher à la société même si l'alcool rapporte à l'Etat.

En Europe, dans près d’un accident sur quatre, l’alcool est en cause, selon l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT). Les jeunes sont en première ligne : l’alcool intervient dans 40% des accidents motels touchant les 18-25 ans.

Fort de ces chiffres accablants, Frédéric Pechenard, le délégué interministériel à la sécurité routière, envisage d’appliquer la tolérance zéro alcool pour les jeunes conducteurs, alors que le taux d’alcoolémie autorisé est actuellement de 0,5 g/l de sang. C'est en tout cas ce qu'il a affirmé ce week-end dans le JDD. Le gouvernement n'a cependant pas fait connaître sa position pour l'instant.

La proposition fait débat, notamment sur la nécessité d’appliquer cette mesure aux seuls jeunes conducteurs, qui seraient alors soumis aux mêmes obligations que les chauffeurs d’autocars. Certains estiment que cette mesure devrait être appliquée à tous les conducteurs, car cela participerait à la lutte contre l’alcoolisme, dont les répercussions, directes ou indirecte, pèsent sur les finances publiques et celles des entreprises.

L’impact le plus évident est celui sur la santé, et donc pour les comptes de l’assurance maladie. La consommation excessive d’alcool est responsable est la deuxième cause évitable de mortalité par cancer juste après le tabac. En 2006, elle a provoqué 9 000 décès par le fait de cancers. Mais ce chiffre grimpe à 33 000 si l’on agrège toutes les pathologies liées à la consommation excessive d’alcool.

Entre les soins et les hospitalisations, les dépenses de santé liées à l’alcool seraient de 6,15 milliards d’euros, selon une étude de l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies (OFDT) en 2008.

Mais les dommages de l’alcool s’étendent aussi au monde de l’entreprise. Ils se traduisent par des arrêts de travail de travail 3 ou 4 fois plus longs que la moyenne, une baisse de la productivité, une augmentation des risques d’accidents de 10 à 20%. Tout cela couterait 16 milliards par an aux entreprises. Quant aux assurances, la prise en charge des accidents liés à l’excès d’alcool engendre un coût 3,52 milliards par an.

3,3 milliards de recettes pour l'Etat

Reste que la consommation d’alcool est profondément ancrée dans la culture française, même si elle décline depuis les années 60. Et le lobby des productions de vin et d’alcool a pesé de tout son poids pour que le gouvernement ne prenne pas des mesures trop drastiques qui pourraient pénaliser le secteur. Celui-ci a généré près de 16 milliards de chiffres d’affaires en 2007, dont 7,4 milliards d’euros rien que pour le secteur des vins, champagnes et mousseux... La filière alcool représente aussi 500 000 emplois, directs ou indirects.

L’Etat aussi est de parti pris, puisqu’il perçoit actuellement la TVA à 19,6 % et des droits d’accise qui ont permis de verser près de 3,3 milliards d’euros 2011 aux branches maladies et vieillesse.

D’ailleurs, le gouvernement a d’adopté une augmentation de 160% de la taxe sur la bière. Ce qui va lui permettre de récolter 480 millions d’euros supplémentaire, qui vont participer à combler le déficit de la sécurité sociale.

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