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Hausse du prix des médicaments: les États-Unis paient pour l'Europe

Pfizer a augmenté le prix de 105 médicaments aux États-Unis.

Pfizer a augmenté le prix de 105 médicaments aux États-Unis. - Spencer Platt - AFP

Aux États-Unis, Pfizer vient d'augmenter les tarifs d’une centaine de médicaments dont le viagra pourtant concurrencé par des versions génériques.  Le laboratoire américain n'est pas le seul à revoir ses prix à la hausse outre-Atlantique. Et pour cause...

Pfizer devrait une nouvelle fois concentrer les critiques au sein de la classe politique américaine. Déjà dans le viseur pour son projet de fusion avec Allergan, qui pourrait constituer la plus grande opération d’optimisation fiscale de l’histoire, le laboratoire vient en effet de confirmer l’augmentation du prix de certains de ses médicaments. Au total, 105 d’entre eux seraient concernés, avec des hausses pouvant atteindre 20%.

Outre-Atlantique, la pratique est malheureusement très répandue. "Beaucoup d’autres laboratoires ont dû augmenter leur prix, mais discrètement, il n’y a jamais de communiqué pour l’annoncer. On assiste souvent au même phénomène en début d'année", indique Alice Lhabouz, présidente de la société de gestion Trecento Asset management. Selon le site spécialisé Truveris, les tarifs des médicaments sur prescription ont ainsi augmenté en moyenne de 10,9% aux États-Unis en 2014.

En revanche, les augmentations annoncées tendent à être relativisées. "Ce sont les prix annoncés, mais ils sont ensuite négociés par les assureurs (la majorité des Américains souscrivent des contrats d’assurance privés)", indique Claude Le Pen, économiste de la santé et professeur à l’université Paris-Dauphine. L’augmentation réelle des prix pourrait ainsi ne représenter qu’un tiers de la hausse annoncée. "Mais il y a effectivement une vague d’augmentations un peu folles en ce moment, même si les médicaments ont toujours été chers aux États-Unis".

La rentabilité à court terme privilégiée

Un phénomène explique, en partie, cette situation. "Avant, seuls les produits innovants étaient chers", poursuit le chercheur. "Mais on assiste désormais à une forme de financiarisation de l’industrie pharmaceutique. La Recherche et développement (R&D) est souvent sous-traitée, et beaucoup de groupes privilégient la rentabilité à court terme".

Comment Pfizer (et les autres) peuvent-ils se permettre de telles augmentations, à l’heure où les médicaments génériques inondent le marché? Le célèbre Viagra, par exemple, a connu une hausse de 12,9% le 1er janvier, alors qu’une dizaine de génériques -dont l’un est fabriqué par Pfizer lui-même- existent. "Beaucoup de sociétés, une fois que le brevet tombe, ne défendent plus vraiment leur part de marché face aux génériques", explique Christophe Pouchoy, analyste chez Trecento. "Elles préfèrent baisser considérablement leurs dépenses de marketing, et privilégier le modèle d’un médicament très rentable sur de faibles volumes".

"Les patients américains payent pour les autres peuples"

Reste à savoir si cette inflation galopante pourrait un jour toucher les côtes européennes. Aujourd’hui, une régulation par les pouvoirs publics permet largement de limiter les augmentations de prix, au contraire des États-Unis où le marché du médicament est libre. Mais la situation pourrait ne pas durer éternellement: "Pour l’instant, les fabricants américains, qui produisent la majorité des molécules innovantes, ont accepté le fait que les prix soient plus faibles en Europe. En clair, les patients américains payent pour les autres peuples, afin de préserver la rentabilité des laboratoires", conclut le chercheur.