BFM Eco

Baisse des ventes de tabac: comment les buralistes peuvent rebondir

Face à la baisse des ventes de tabac, les buralistes sont contraints de diversifier leur activité. Pour ce faire, ils peuvent compter sur des aides de l'État et le soutien de certaines grandes entreprises publiques.

Mauvaise surprise pour les fumeurs. Ce vendredi, les prix du tabac augmentent de 50 à 60 centimes, portant le paquet de cigarettes à près de 9 euros, conformément à l'objectif visé par le gouvernement d'un paquet à 10 euros en novembre 2020.

Cette hausse, la huitième en deux ans, est un nouveau coup dur pour les buralistes dont les ventes ont déjà chuté de 9,32% en 2018. D'autant que le tabac représente aujourd'hui entre 60 et 80% de leur revenu. 

Pour compenser cette baisse d’activité historique, le gouvernement a prévu de soutenir les débitants de tabac. En février 2018, un accord a été conclu pour donner aux buralistes les "moyens de transformer durablement leur métier". Il prévoit notamment la création d’un fonds temporaire de transformation à hauteur de 80 millions d’euros d’ici 2021.

Grâce à ce fonds, les buralistes désireux de faire évoluer leur activité bénéficieront d’une aide permettant de financer 40% des travaux de rénovation de leur points de vente. Cette aide est plafonnée à 33.000 euros. L’accord prévoit également l'augmentation de la prime de diversification d’activité qui passe de 2500 à 3000 euros pour les buralistes dont la hausse du prix du tabac aurait significativement impacté l’activité.

Aides d'entreprises publiques

L’an passé, certaines entreprises publiques qui travaillent étroitement avec les buralistes ont aussi fait des gestes. Après avoir supprimer les loyers sur son mobilier, la Française des Jeux a consenti une hausse moyenne de 0,30 point sur deux ans des commissions tirées par les buralistes des ventes de jeux.

Fixée jusqu’alors à 5,2%, la commission sur les jeux perçue par les buralistes augmente et devient modulée en fonction des jeux. Dans le détail, elle passe à 6% pour les jeux de grattage dont la mise est égale ou inférieure à 3 euros, 5,2% pour les jeux dont la mise est supérieure à 3 euros, 5,5% pour les jeux de tirage, 5,2% pour les jeux express, 5,2% pour les jeux de pronostics sportifs, 4% pour les paris simples à cote et 5,5% pour les paris combinés à cote.

Parallèlement, le PMU a lui aussi revu à la hausse sa commission de base pour les buralistes. Elle s’échelonnera à compter d'avril de 1,8% à 2,15% (au lieu de 1,6%) à partir du mois d’avril. En outre, l’entreprise a annoncé qu’elle prendra en charge les frais bancaires sur les transactions en carte bleue réalisées sur ses jeux.

Les équipements (concept merchandising, bornes, terminaux de prise de paris…) deviennent également gratuits pour les buralistes. Enfin, le PMU s’est engagé à un plan d’investissement de 50 millions d’euros pour financer l’installation dans les points de vente de nouveaux terminaux, d’écrans tactiles pour les parieurs et le remplacement des bornes les plus anciennes.

Des billets de train bientôt vendus par les buralistes? 

Reste à imaginer l’avenir du métier de buraliste. Pour être moins dépendants de la vente de tabac, certains détaillants diversifient déjà leur activité en récupérant davantage de colis, en augmentant leur offre de cigarettes électroniques ou encore en vendant des produits locaux… Depuis le mois de janvier, ils sont même autorisés à vendre des "coupons" de 50, 100 ou 250 euros de bitcoins, la plus connue des monnaies virtuelles.

Après les timbres-poste, les timbres fiscaux, les comptes bancaires, les buralistes pourraient prochainement vendre des billets de train. Une réunion sur ce sujet est prévue mercredi prochain entre le président de la SNCF Guillaume Pépy et le président de la Confédération des buralistes Philippe Coy.

"Il faut conserver de la vente de billets TER partout, mais pour ça il faut trouver des solutions intelligentes […] Il y a beaucoup de bureaux de tabac, on vend de moins en moins de cigarettes, on pourrait vendre autre chose, et les billets de TER c'est une vraie bonne idée", avait expliqué Guillaume Pépy sur BFMTV et RMC.

La Cour des comptes fustige la politique d'aides

Mais les aides financières accordées au fil des années aux buralistes ne sont pas vu d’un très bon œil par la Cour des Comptes. En 2017, si les Sages de la rue Cambon ont soutenu les efforts de diversification de la profession, ils avaient jugé "très contestable" la politique de soutien du gouvernement "menée à l’aveugle, avec des dispositifs insuffisamment contrôlés et ciblés". 

D'après la Cour, les buralistes s’étaient vus accorder 2,6 milliards d’euros d’aides entre 2004 et 2011. Elle avait par ailleurs incité les pouvoirs publics à supprimer leur monopole sur le tabac, dénonçant une "organisation de la vente au détail peu répandue en Europe".

Paul Louis