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Amende record pour trois châteaux bordelais qui trafiquaient leur vin

Trois châteaux bordelais appartenant à un même propriétaire, coupaient leurs vins d'appellation avec des crus de piètre qualité, qu'ils faisaient venir clandestinement de nuit par camion.

Trois châteaux bordelais appartenant à un même propriétaire, coupaient leurs vins d'appellation avec des crus de piètre qualité, qu'ils faisaient venir clandestinement de nuit par camion. - Georges Gobet-AFP

Le propriétaire de trois châteaux a été condamné à deux ans de prison et 8 millions d'euros d'amende pour une fraude consistant à couper sa production avec du vin de piètre qualité. Un négociant, des courtiers et les fournisseurs de la "piquette" ont aussi été mis à l'amende.

À Bordeaux, la justice ne badine pas avec la fraude au vin d'appellation. Le propriétaire de trois châteaux a été condamné par le tribunal correctionnel à deux ans de prison et près de 8 millions d'euros d'amende pour une vaste fraude. François-Marie Marret, 55 ans, était poursuivi pour avoir acheté du vin de piètre qualité et l'avoir coupé avec ses propres vins d'appellations plus renommées, Saint-Emilion, Pomerol et Listrac-Médoc.

Le vin issu de propriétés viticoles bien moins prestigieuses que les siennes était acheminé clandestinement de nuit par camion d'où le nom d'arnaque "au vin de lune". Ensuite, le vin coupé était écoulé plus cher auprès de nombreux clients, dont les grandes surfaces Auchan et Intermarché. Selon les douanes, "les ventes réalisées représentent près de 800.000 euros". 

Les protagonistes de la fraude ont tous été condamnés

Le viticulteur incriminé, qui a décidé de faire appel, a réfuté les accusations de tromperie. "C'est complétement anormal un jugement comme ça, alors que je n'ai jamais vendu que du vin de ma propriété", a-t-il affirmé à la sortie de l'audience. Tout comme son avocate, il conteste les quantités mentionnées - plus de 8.200 hectolitres de vin saisis par les douanes - et une incohérence dans le calendrier, assurant que ce qui lui est reproché est matériellement "impossible".

Au total, une dizaine de protagonistes impliqués dans la fraude ont été condamnés. Le négociant Vincent Lataste, qui avait fourni le vin "frauduleux", a écopé de 18 mois de prison avec sursis, 5.000 euros d'amende et sa société, de 30.000 euros d'amende, dont 15.000 avec sursis. Les trois viticulteurs ayant fourni le vin destiné à être coupé avec celui en appellation ont écopé de six mois d'emprisonnement avec sursis, ainsi que des amendes et pénalités allant jusqu'à 12.500 euros.

La fraude portait sur 8.000 hectolitres de vin "trafiqué"

Un des courtiers, qui avait servi d'intermédiaire, a été condamné à un an d'emprisonnement avec sursis et cinq ans d'interdiction d'exercer. Le deuxième courtier a été condamné à huit mois avec sursis. Quant au chauffeur qui effectuait le soir les livraisons d'un château à l'autre, il a écopé de quatre mois avec sursis.

C'est l'examen scrupuleux de la comptabilité du propriétaire des 3 châteaux incriminés qui a conduit les douanes à mettre au jour cette vaste fraude portant sur 8.000 hectolitres.

"Tout est parti d'incohérences constatées entre la vérification des stocks sur le terrain et les documents présentés par les châteaux", résume Jeff Omari, adjoint au directeur régional des douanes de Bordeaux. Alertés, les douaniers ont épluché les mouvements de vin des propriétés concernées et analysé des échantillons "pour remonter progressivement la chaîne de la fraude et tous les acteurs impliqués: viticulteurs, courtiers, transporteurs, etc. (...) Plus de deux ans d'enquête au total", explique le douanier.

Frédéric Bergé avec AFP