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A Castres, une pharmacienne est condamnée pour vouloir travailler le lundi

Un arrêté préfectoral de juillet 1973 interdit aux 17 pharmacies de Castres d'ouvrir le lundi

Un arrêté préfectoral de juillet 1973 interdit aux 17 pharmacies de Castres d'ouvrir le lundi - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

À Castres, un arrêté préfectoral pris en 1973 interdit aux pharmacies d'ouvrir le lundi. L'une des 17 officines de la ville a tenté de le faire. Les 16 autres l'ont attaqué en justice pour préserver cette spécificité unique en France. Elles ont obtenu gain de cause.

A Castres (Tarn), mieux vaut ne pas avoir besoin de médicaments le lundi, malgré 17 pharmacies dans cette ville célèbre pour son histoire, son équipe de rugby et pour être la ville natale de Pierre Fabre, fondateur de l'un des plus grands groupes pharmaceutiques français. Car contrairement à leurs collègues installés dans le reste de la France, les officines n’ont pas le droit de travailler le premier jour de la semaine.

Comme le révèle La Dépêche, le juge des référés du tribunal de grande instance de Castres n’a pas autorisé La Grande Pharmacie à travailler le lundi comme il le souhaitait sous peine d’une astreinte de 50.000 euros par lundi non-chômé. Ces 16 confrères l’ont attaqué pour "pratique anti-concurrentielle" et ont eu gain de cause, malgré une pétition qui a recueilli 1200 signatures. Malgré une population de 67.000 habitants, Castres est la seule ville de France où les pharmacies ne sont pas autorisées à ouvrir le lundi.

Lutter contre la concurrence déloyale

Cette interdiction s’appuie sur un arrêté préfectoral qui date de juillet 1973 qui promulguait la fermeture obligatoire des pharmacies de la commune ce jour de la semaine. Comme l’a rappelé l’avocat des 16 pharmaciens, cette décision visait à "interdire l'inégalité concurrentielle entre ceux qui ont des salariés et ceux qui n'en ont pas et pour garantir le repos des employés". Selon la Dépêche, personne ne sait pourquoi le préfet de l’époque a signé cet arrêté "à la demande du syndicat des pharmaciens et des syndicats CFDT et CGT-FO".

Pour l'avocat de La grande pharmacie, en 45 ans, la situation a changé. "On n'est pourtant pas dans une concurrence déloyale puisque personne n'empêche les autres pharmacies d'ouvrir le lundi et au niveau du code du travail les salariés bénéficient déjà du repos hebdomadaire obligatoire le dimanche", a-t-il argumenté pour convaincre le tribunal de laisser son client travailler légalement. Mais pour le juge, il ne s’agit pas de juger le bien-fondé de cet arrêté, mais de veiller à son application.

Christine Monino-Clot, patronne de La Grande Pharmacie, se pliera donc à la décision, mais a fait part de sa colère. "Ce n'est pas normal que dans notre pays on empêche quelqu'un de travailler le lundi qui est un jour normal où les enfants vont à l'école, où les administrations sont ouvertes et où tout le monde travaille". Quant aux castrais qui auraient besoin d’un médicament le lundi, ils devront se rendre à la pharmacie de garde, ou faire quelques kilomètres pour en trouver une.

Pascal Samama