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Aux Etats-Unis, certains cumulent deux emplois grâce au télétravail… sans avertir leurs employeurs

Aux Etats-Unis, des salariés profitent du télétravail pour cumuler deux emplois sans avertir les deux entreprises.

Aux Etats-Unis, des salariés profitent du télétravail pour cumuler deux emplois sans avertir les deux entreprises. - Unsplash - Pixabay

Des salariés américains profitent du télétravail pour occuper deux emplois en même temps, et cumuler deux salaires à la fin du mois, sans que les deux entreprises le sachent.

Profiter du télétravail pour cumuler deux emplois, sans le dire à ses deux patrons. Aux États-Unis, la pratique se développe dans la tech, la banque ou encore l'assurance, rapporte le Wall Street Journal. Des salariés seraient de plus en plus nombreux à prendre un deuxième job sur le temps du premier. Des "multi-travailleurs", à l'abri du regard de leur manager grâce au télétravail, qui ont trouvé le moyen de doubler leur salaire avec deux fiches de paie à la fin du mois. En jonglant, de façon assez périlleuse, entre deux emplois du temps.

Certains salariés américains se sont en effet rendus compte, une fois en télétravail chez eux, qu'ils avaient largement le temps de cumuler deux emplois, car une grande partie de leur vie au bureau consistait en des réunions pas forcément très productives, à faire sembler d'être occupé, et qu'à la maison, en s'y mettant vraiment, plutôt que de faire 40 heures par semaine pour une entreprise ils avaient largement le temps de faire deux fois 20 heures pour deux entreprises. Tout en étant, évidemment, payé deux fois 40 heures.

Il ne s'agit pas de cumuler deux jobs pour joindre les deux bouts: ce sont des emplois très qualifiés, souvent des développeurs informatiques. Les personnes interrogées par le quotidien économique américain évoquent des doubles salaires qui peuvent grimper de 200.000 à 600.000 dollars (170.000 à 510.000 euros) par an.

Ne pas se faire prendre

À condition de ne pas se faire prendre. Pour l'éviter, il existe des sites pour apprendre à "multitravailler" sans se faire prendre, comme overemployed.com par exemple, qui a été créé par deux "multiemployés" de la tech. Il y des règles d'or: la première, la règle de base, c'est qu'on ne parle pas de son double emploi. On reste le plus discret possible.

On y trouve aussi tous les trucs et astuces nécessaires: comment gérer son profil Linkedin quand on occupe deux emplois alors qu'on est censé n'en avoir qu'un seul, comment décliner poliment les demandes de ses collègues, avoir des excuses toutes prêtes pour éviter une réunion imprévue quand une autre est prévue au même temps avec l'autre entreprise, avoir deux ordinateurs portables, un pour chaque employeur, avec des couleurs différentes dans son agenda pour ne pas s'emmêler les pinceaux.

Le site conseille aussi d'éviter de travailler pour des start-up, qui réclament une charge de travail beaucoup plus importante qu'une grande entreprise, où le rythme est plus calme. Toute la subtilité, expliquent ceux qui pratiquent le "multi-emploi", consiste à faire le strict minimum pour que l'entreprise ait envie de vous garder, sans en faire trop non plus pour se ménager du temps libre pour son deuxième employeur.

Effet collatéral du travail

C'est éthiquement discutable, mais beaucoup y voient une forme de justice, une manière de reprendre le contrôle alors que la crise sanitaire a entraîné des vagues de licenciement massives. C'est aussi un effet collatéral du télétravail: on a moins de liens directs avec l'entreprise et certains développement une vision moins affective, un peu plus cynique, du monde de l'entreprise.

Anthony Morel avec Jérémy Bruno