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[Tribune] Réorganiser la mobilité des stations balnéaires: l’exemple de Mers-les-Bains

Légende AFP: Picture taken on May 15, 2013 of the seafront of Mers-les-Bains, northern France.

Légende AFP: Picture taken on May 15, 2013 of the seafront of Mers-les-Bains, northern France. - PHILIPPE HUGUEN

Les stations balnéaires font face à la multiplication de leur population pendant une courte durée. La gestion du trafic automobile et du stationnement est essentielle pour que les vacances ne tournent pas au cauchemar. La station balnéaire de Mers-les-Bains a innové cet été avec des résultats concluants.

La commune de Mers-les-Bains se situe dans les Hauts-de-France, limitrophe de la Normandie, connue pour l’architecture de son secteur sauvegardé. Elle forme, avec 27 autres communes, la communauté de communes des "Villes sœurs" qui a la particularité de réunir des Picards et des Normands.

Une particularité de Mers-les-Bains, station balnéaire, était le stationnement gratuit sur la commune. En été, il fallait bien circuler 20 à 30 minutes pour espérer trouver une place de stationnement. Les plus impatients se garaient sur des trottoirs, empêchant les piétons de déambuler, sans parler des personnes à mobilité réduite... Les incivilités de stationnement sont nombreuses. Le maire, Michel Delépine, et son conseil municipal, ont alors décidé l'an dernier la piétonisation de l’esplanade longue de près d’un kilomètre, entre le 15 juin et le 15 septembre. Le reste de l’année, l’esplanade redevient circulable en voiture.

Cette expérimentation concluante a motivé de nouveaux projets d’organisation de la mobilité: la construction d’un parking gratuit de 550 places, l’instauration du stationnement payant en ville et la mise en place d’un service de navette électrique gratuit…

Construction d’un parking gratuit et instauration du parking payant

Le long de la voie de chemin de fer de la gare de Mers-Le Tréport se trouvait une ancienne friche de la SNCF, au niveau du quartier du Dépôt de Mers-les-Bains. La décision a été prise par la commune de construire un parking de 550 places, à 5 minutes du cœur de ville et à moins de 10 minutes, à pied, de l’esplanade. L’investissement de près de 2 millions d’euros a été financé aux deux-tiers par la commune. La région des Hauts-de-France a participé à hauteur de 633.600 euros.

Des places de stationnement ont été dédiées aux personnes à mobilité réduite, près d’une rampe d’accès aux normes. D’autres places ont elles été dotées de bornes de recharge pour les véhicules électriques. Enfin, des panneaux lumineux, placés sur la route principale vers le cœur de ville et l’esplanade, indiquent le nombre de stationnements encore disponibles. Durant l’été, le parking n’a presque jamais été complétement saturé, à l’exception de la semaine précédant le 15 août. Cette première année de fonctionnement montre que la capacité d’accueil des véhicules est suffisante par rapport aux besoins des estivants.

En ville, désormais une soixantaine de parcmètres sont installés. Le stationnement est payant sur la commune du 15 juin au 15 septembre et le reste de l'année les week-ends. La gratuité reste maintenue pour les Mersois, en résidence principale et secondaire, à raison de deux véhicules par foyer. Ce sont donc les estivants qui doivent s’acquitter du stationnement. Les habitants ne sont pas pénalisés d’autant plus qu’un nouveau service est mis en place: une navette électrique.

Une navette électrique gratuite pour relier le parking au front de mer

Du 1er juillet jusqu’au 31 août 2022, une navette électrique gratuite circule dans le centre-ville de Mers-les-Bains, avec 7 arrêts, entre le parking gratuit de la Galiote et l’esplanade. Elle mesure 6 mètres et offre une capacité de 22 places, assises et debout. La navette est accessible aux personnes à mobilité réduite. Les rotations seront régulières, moins 45 minutes de pause réglementaire pour le chauffeur. Le service fonctionne de 12h à 16h30 et de 17h15 à 21h. Les bons jours de fréquentation voient plus de 300 personnes, avec poussettes, courses ou affaires de plage, utiliser les plus de 35 rotations journalières.

Le coût de la location est de 12.000 euros pour la commune, par le biais de la location d’un bus de la société Bluebus. Il faut également ajouter les frais de personnels, avec un chauffeur par jour, pour un service qui fonctionne 7 jours sur 7.

Toutefois, selon la mairie, le stationnement payant devrait rapporter entre 300.000 et 350.000 euros pour la première année. Ces revenus permettent donc de financer le service de navette électrique et aussi le remboursement de l’investissement du parking gratuit.

En conclusion, Mers-les-Bains montre qu’il est possible de transformer la mobilité d’une cité balnéaire, tout en permettant un accès à la ville pour toutes les bourses, avec un parking gratuit. Le stationnement payant permet de financer cette infrastructure et également un nouveau service: une navette électrique. Cette réorganisation du stationnement permet d’arrêter les incivilités liées au stationnement et la pollution avec la rotation des automobilistes, à la recherche (désespérée) de places de stationnement.

Alors, la navette n’est pas encore autonome, comme je le préconise dans l’évolution de la mobilité des stations balnéaires, dans mon ouvrage La robomobile – Un nouveau droit à la mobilité solidaire et durable. Qu’importe! Tous les objectifs d’une mobilité apaisée, durable et solidaire sont atteints! Un exemple inspirant pour d’autres cités balnéaires!

Franck Cazenave, expert en mobilité et auteur du livre La robomobile – Un nouveau droit à la mobilité durable et solidaire, Descartes & Cie

Franck Cazenave