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Mercedes-Benz va devenir actionnaire d'ACC, filiale de Total et Stellantis pour les batteries

La maison-mère du constructeur allemand Mercedes-Benz, Daimler, va prendre 33% du capital d'Automotive Cells Company (ACC), coentreprise de Total et Stellantis pour la fabrication de batteries.

L’Airbus des batteries cher à Bruno Le Maire semble vraiment décoller ce vendredi. Le constructeur allemand de berlines de luxe Mercedes-Benz a en effet annoncé qu'il allait prendre 33% du capital d'Automotive Cells Company (ACC), coentreprise de Total et Stellantis pour la fabrication de batteries. Cette annonce fait passer la toute jeune entreprise dans une autre dimension.

Comme le rappelle L’Usine Nouvelle, d’une capacité de production minimale annuelle de 48GWh en 2030, ACC passe ainsi à 120GWh avec l’arrivée du groupe allemand. Daimler donne une véritable accélération à la nouvelle société en prenant une part significative dans le nouvel ensemble.

ACC change d'échelle et pérennise ses projets

Le constructeur allemand "devient actionnaire à droits égaux" aux côtés des deux groupes français et obtiendra deux sièges sur six au conseil de surveillance de l'entreprise. Il investira dans les prochaines années une somme "inférieure à un milliard d'euros" dans le développement des capacités de production de cellules de batteries en Europe. Au total, le volume total d’investissment

"Le partenariat nous assure des livraisons et permet des économies d'échelle", a fait valoir Ola Källenius, le patron de Daimler, maison-mère de Mecedes-Benz, cité dans le communiqué. Daimler contribuera avec sa "technologie et son savoir-faire de production" à ACC, précise le groupe.

Les détails financiers de la prise de participation n'ont pas été divulgués mais cette participation semble importante.

Le projet "sera soutenu par des subventions publiques" d'au moins 1,3 milliards d'euros, et financé également "par des apports en fonds propres et des emprunts", détaille un communiqué conjoint.

L'entrée de Mercedes-Benz au capital "renforce nettement le potentiel commercial de ACC et confirme nos plans ambitieux de croissance", a commenté Yann Vincent, PDG de l'entreprise, évoquant une "importante étape", "démonstration de confiance dans notre technologie".

Cette étape importante est notamment marquée dans le développement de l’outil industriel d’ACC, au-delà de la première usine située dans le Nord, à Douvrin près d'une usine Stellantis, et du second site, prévu à Kaiserslautern, outre-Rhin, non loin d'une usine Opel.

"Nous pourrions imaginer le lancement d’un troisième site de production, dévoile Matthieu Hubert, secrétaire général d’ACC, à L’Usine Nouvelle. Nous pouvons aussi imaginer, l’un n’empêchant pas l’autre, optimiser la capacité installée de chacun des sites déjà annoncés. Toutes les solutions sont à l’étude".

Après le début de la production en 2023 à Douvrin, puis en Allemagne en 2025, la coentreprise vise la fabrication d'un million de batteries pour voitures électriques par an d'ici 2030.

"ACC avait besoin d’un investissement de ce type pour monter en compétence", nous confie un observateur du secteur.

Or, en dehors de Total et Stellantis, ACC peinait pour le moment à recruter de nouveaux partenaires. Renault est toujours en discussion avec la société, mais le groupe au Losange et ACC n’ont toujours pas trouvé d’accord. L’arrivée de Daimler semble cependant faire baisser la pression sur le constructeur français: ACC semble pérenniser, le couple franco-allemand tranquillisé au niveau politique. Bruno Le Maire et son collègue outre-Rhin Peter Altmaier ont porté le projet depuis le début, et se sont d’ailleurs félicités de ce partenariat.

Daimler accélère dans la voiture électrique en Europe

Pour Daimler, il s'agit d'une "décision stratégique importante", qui lui permet de "prendre pied dans la production de la plus importante composante des voitures électriques", juge auprès de l’AFP l'expert Ferdinand Dudenhöffer, directeur du Center Automotive Research, basé en Allemagne.

Daimler est en effet en pleine révolution pour prendre ce virage du zéro émission. Fin juillet, le groupe avait annoncé 40 milliards d’euros d’investissement d’ici 2030 afin de devenir une marque 100% électrique. Daimler a donc annoncé la construction de huit gigafactories, dont quatre en Europe.

"Tous les constructeurs sont actuellement dans cette phase de consolidation de leur approvisionnement en batteries, précise un analyste. D’autres acteurs comme Northvolt sont en train de se développer sur le continent, mais ce dernier est jugé trop proche de Volkswagen. Le choix d’ACC permet à Daimler de sécuriser ses besoins en Europe".

En effet, si Daimler achète actuellement des batteries chez le Chinois CATL, il assure ainsi un approvisionnement local, sur une future technologie.

L’arrivée de Daimler chez ACC montre une nouvelle fois comment la voiture électrique rebat les cartes du monde automobile. Naguère partenaire de l’Alliance Renault-Nissan, l’Allemand s’est petit à petit éloigné, nouant des liens de plus en plus étroits avec Geely, désormais son premier actionnaire. Mercedes se rapproche dorénavant de Stellantis.

S’il reste pour le moment en dehors de l’Airbus des batteries, Renault a construit son propre ensemble de production des batteries, d’abord avec le Chinois Envision, puis au sein de son pôle ElectriCity installé dans le Nord de la France. Nissan travaille également avec Envision outre-Manche.

Pauline Dumonteil et Pauline Ducamp