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Déconfinement: comment les pistes cyclables provisoires redessinent la mobilité à Paris

La ville de Paris travaille actuellement sur l’installation de pistes cyclables provisoires en vue du déconfinement. Places de stationnement supprimées, grands axes à chaussée partagée, quelles solutions pour aménager ces nouvelles pistes?

"Quand on n’a pas de voiture à Paris, forcément sur les boulevards, on préfère voir des pistes cyclables que des voitures". Ce Parisien interrogé ce matin sur BFM Paris résume bien les discussions actuelles dans la capitale. La municipalité, en lien notamment avec l’association Paris en Selle, travaille actuellement à l’installation des pistes cyclables provisoires afin d’encourager la pratique du vélo à la fin du confinement. De quoi concilier obligation de se déplacer, possible peur des usagers de prendre les transports en commun et distanciation sociale. A quoi ressembleront alors les rues de Paris dans quelques semaines? Des rues qui ont déjà bien changé depuis le 17 mars, vidées du trafic automobile.

Des grands axes sans pistes cyclables actuellement

"Nous avons commencé à identifier et à lister toutes les rues et les boulevards qui pourraient accueillir des pistes cyclables provisoires", explique à BFM Paris Jean-Sébastien Catier, le porte-parole de l’association Paris en Selle. Ces rues et boulevards, ce sont en particulier les grands axes qui ne disposent aujourd’hui pas toujours de pistes et permettent de traverser la capitale.

"On pense à l’axe Nord-Sud, allant de Châtelet à la Porte d’Orléans, nous explique Jean-Sébastien Catier. Il y a aussi un autre axe qui va de la place de l’Etoile au cimetière du Père Lachaise, en passant par les grands boulevards, avenue de la République".

Une fois les rues et axes choisies, l’installation des pistes se fera avec du matériel mobile, comme pour des travaux. "On pense que c’est faisable relativement facilement avec des éléments qu’il suffit de poser dans la rue et des marquages jaunes, pour indiquer qu’il s’agit de pistes cyclables. Cela ne nécessite pas de travaux lourds", poursuit Jean-Sébastien Catier.

Moins de places de stationnement?

Pour gagner de l’espace, afin d’élargir certains trottoirs ou d’installer des pistes cyclables de 3 à 4 mètres de large, des places de stationnement pourraient être condamnées. En revanche, l’idée de bannir totalement les voitures de certains boulevards ou grands axes ne semble pas dans les plans. "Peut-être certaines petites rues aux trottoirs étroits, qui desservent des lieux de vie comme des écoles, pourront être réservées aux piétons et cyclistes, pour que les piétons ne s’entassent pas sur les trottoirs", avance Jean-Sébastien Catier.

Des réflexions communes en petite couronne

En proche banlieue, les élus réfléchissent à des solutions similaires. Comme l’explique Le Parisien ce mercredi, la municipalité de Montreuil (Seine-Saint-Denis) ne souhaite pas que certains "se réfugient vers leur voiture individuelle". "La peur des transports peut être légitime, mais ce serait une spirale écologiquement peu soutenable", poursuit un porte-parole de la ville.

De grands axes reliant Paris aux communes limitrophes pourraient ainsi aussi voir apparaître des pistes cyclables provisoires, comme l’avenue de Paris à Vincennes (Val-de-Marne) ou la Route de la Reine à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). L’ancienne RN186 entre Saint-Denis et Bobigny pourrait aussi être concernée, croit savoir Le Parisien. Ces concertations sont ici menées au niveau des départements limitrophes, en association avec le collectif Vélo Ile-de-France.

Un manque de concertation?

Sans nier la place du vélo dans le transport urbain, d’autres associations soulignent cependant un manque de concertation plus générale sur ces évolutions majeures de l’espace.

"Je m’étonne que les professionnels qui utilisent les grands boulevards ne soient même pas consultés dans cette étude et qu’on parte dès le départ dans des projets avec les associations de cyclistes. Or ces grands boulevards ont d’abord été dessinés pour faire passer des flux professionnels, pas simplement des voitures de tourisme ou des gens qui se promènent en voiture, explique ce matin sur BFM Paris Stéphane Colonna, président de la Fédération française des automobilistes citoyens. Je m’étonne aussi que ceux qui sont en charge des transports collectifs et la ville de Paris, qui fait partie du syndicat de la Mobilité Ile-de-France, ne mettent pas en avant la propreté nécessaire de ces transports pour permettre aux citoyens de reprendre ces transports qui sont indispensables à la vie des Franciliens qui reviendront travailler à Paris".
Pauline Ducamp