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Twitter a-t-il encore la main sur sa politique de censure?

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Une fois de plus, le réseau social a utilisé sa capacité de modération - de censure, pourrait-on dire, en l'occurrence - sans vouloir communiquer avec ses utilisateurs.

Opposés par plusieurs procès depuis dix ans, Jean-Paul Ney et Antoine Champagne échangent régulièrement quelques amabilités sur Twitter. Le 13 septembre dernier, le compte du second est bloqué après que le premier a demandé à ses followers de le signaler au site de micro-blogging, l’accusant d’avoir publié certaines de ses informations personnelles.
Quelques jours plus tard, le compte du site Reflets.info - dont Antoine Champagne est le rédacteur en chef - est également verrouillé. Cette fois, ce dernier n’avait publié qu’un lien vers le site Whois, une base de données publique qui recense les nom, adresse et numéro de téléphone des propriétaires de noms de domaines. Jean-Paul Ney ayant son propre site internet, certaines de ses données s’y trouvaient.

Pendant quelques heures, Reflets.info perd l’usage de son compte officiel et se retrouve dans l’impossibilité de communiquer avec ses 14 000 abonnés. Pour réactiver le compte, Twitter suggère une solution à Antoine Champagne: supprimer le tweet incluant le lien vers Whois. Mais à sa surprise, le compte de Reflets est finalement remis en service, sans que le contenu litigieux ne soit supprimé. Twitter a fait machine arrière.

Contacté, le réseau social refuse de commenter “des cas particuliers” et renvoie les médias vers les Règles de Twitter. Parmi elles, l’interdiction de la diffusion d’informations privées et confidentielles concernant d’autres personnes. Sauf que dans le cas du compte de Reflets, ces données étaient déjà accessibles par n’importe quel internaute. C’est certainement la raison qui a poussé les équipes de modération à tirer les leçons de leur erreur.

Personne au bout du fil

D’après Antoine Champagne, la rédaction du site n’a jamais été contactée par Twitter, qu’il s’agisse d’un avertissement ou d’une explication de la situation. Pour les médias, comme pour les millions d’utilisateurs, il n’existe pas d’interlocuteur “humain” pouvant être joint par téléphone. Seul un formulaire permet de “faire appel” de la suspension ou du verrouillage de son compte.

Surtout, il est impossible de savoir à quel moment les algorithmes estiment qu’un compte est suffisamment signalé pour devoir être suspendu. Comme une attaque DDoS - durant laquelle un grand nombre d’internautes sollicitent un serveur pour saturer ses capacités et le mettre hors-service, peut-on imaginer que plusieurs membres puissent se mettre d’accord pour “attaquer” un compte? C’est ce qui semble s’être produit pour Reflets. Mais cela peut également être automatisé.

Créé par le journaliste William Reymond, le compte d'actualité généraliste B3zero était suivi par 40 000 utilisateurs. Le 10 août dernier, il partage une vidéo mise en ligne par la journaliste égyptienne Reem Abulleil durant les Jeux Olympiques. Quelques heures plus tard, Twitter bloque B3zero. En cause, le non respect des droits de retransmission et une plainte déposée par le Comité international olympique (CIO).

Pourtant, le tweet publié par Reem Abulleil est toujours en ligne. “Pour les JO, le CIO a utilisé des robots pour automatiser les plaintes sur Twitter” explique William Reymond. Autrement dit, les organisations qui ont les moyens de ratisser le plus large verront leurs droits davantage respectés que les autres.

Un traitement différent selon les pays

A la suite de la suspension de B3zero, Reymond a souhaité s’expliquer avec Twitter. Mais comme Antoine Champagne, il n’a trouvé que des algorithmes et des formulaires. “Depuis plus d’un mois, je n’ai pas pu parler à un seul humain”, regrette-t-il. Et les dizaines de tweets de soutien de ses anciens followers n’y font rien. Pourtant, un autre internaute a connu un sort différent.

Comme B3zero, le compte de l’Américain Jim Weber avait été supprimé pour avoir diffusé illégalement des images des JO. Mais après une forte réaction médiatique outre-Atlantique, celui qui avait été “définitivement banni” a été repêché par le réseau social. A l’heure actuelle, il est impossible de savoir pourquoi le compte français a subi un traitement différent du compte américain.

Malgré ses équipes de modération, le site a du mal à gérer ses millions de contenus, même si ses efforts ne sont pas toujours vains. En six mois, 235 000 comptes faisant la promotion du terrorisme ont été supprimés. Mais l’opacité et l’arbitraire ont encore une place de choix chez l’Américain, dont les investisseurs commencent à s’impatienter. Avec une censure à géométrie variable, il s’éloigne des principes qui ont pourtant fait son succès. Déçu par le réseau social qu’il utilise depuis 2009, William Reymond ironise : “Alors qu’il vit grâce au dialogue, Twitter le refuse totalement.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech