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Seuls 7% des internautes français lisent attentivement les conditions d’utilisation

Ces textes, bien qu'essentiels, sont généralement rébarbatifs et chronophages.

Ces textes, bien qu'essentiels, sont généralement rébarbatifs et chronophages. - geralt/ Pixabay

Souvent ardues, parfois extrêmement longues, les conditions d'utilisation déterminent pourtant la façon dont les services en ligne exploitent les données personnelles.

Les Français ne se penchent pas suffisamment sur les conditions d’utilisation. Ces textes, bien souvent longs, jargonneux et rébarbatifs accompagnent généralement le téléchargement d’une application mobile ou la première utilisation d’un service Web. Ils informent les internautes sur la façon dont seront exploitées leurs données personnelles et sur leurs engagements pris vis-à-vis du service en ligne utilisé. 

Malgré leur importance, seuls 7% des internautes français lisent "systématiquement" ces conditions générales d'utilisation (CGU), d'après un sondage OpinionWay pour Internet Society France, transmis à BFM Tech. Selon l'étude, 48% les consulteraient "rarement" et 21% n’y auraient jamais jeté un œil. Sur l’ensemble des personnes sondées, 9% comprennent même "très mal" le contenu de tels documents.

Difficiles d'accès, les conditions d'utilisation s'avèrent bien souvent chronophages. Leur durée de lecture serait d'une heure en moyenne, a calculé début mai Dima Yarovinsky. L'étudiant en design s'était pour l'occasion prêté à une expérience, en imprimant les conditions d'utilisation des applis les plus populaires sur des feuilles A4. De gauche à droite, voici respectivement celles de WhatsApp (fond vert), Google (blanc), Tinder (rouge), Twitter (bleu clair), Facebook (bleu foncé), Snapchat (jaune) et Instagram (violet).

Le RGPD à la rescousse 

Le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD), entré en application le 25 mai, s'attaque de front à la complexité de ces conditions d'utilisation. L'une de ses dispositions vise à simplifier ces textes indigestes, pour recueillir le consentement "libre et éclairé" de l'internaute dans l'exploitation de ses données personnelles, "sous une forme compréhensible et aisément accessible". D'où une avalanche récente de mises à jour invitant à accepter de nouvelles CGU.

"Malgré quelques efforts de la part des grands services Web, les nouvelles conditions d'utilisation restent complexes à lire", note Nicolas Chagny, président d'Internet Society France. "Surtout, certaines entreprises forcent à accepter leurs nouvelles conditions d'utilisation pour continuer utiliser leurs outils. Le fait de ne pas laisser le choix est un vrai problème, surtout dans le cadre d'applications ou services en ligne addictifs".

Certaines plateformes ont profité des obligations du RGPD pour recueillir le consentement de leurs internautes de manière détournée. Ainsi de Facebook, qui invitait fin avril ses utilisateurs à accepter une option de reconnaissance faciale difficile à éviter. "Sur Facebook, s’il est possible d’accepter la reconnaissance faciale en un clic, il en faut cinq pour la refuser et tout autant pour revenir sur sa décision", rappelle Nicolas Chagny. "Les mécanismes doivent être aussi simples dans un sens comme dans l’autre, pour donner son accord tout comme pour le révoquer".

Internet Society France a dévoilé le 6 juin ses recommandations pour établir des conditions d'utilisation simples et compréhensibles de tous. Ces conseils visent dans un premier temps les opérateurs publics. L'association y travaille depuis près de deux ans. L'intérêt pour les conditions d'utilisation est entre temps resté à un niveau marginal. En 2016, moins de 10% des internautes s'intéressaient aux conditions d'utilisation, rapportait Libération.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech