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Qui sont ces bénévoles qui créent nos emojis?

Le parcours de ces emojis, ou la croix et la bannière du Web.

Le parcours de ces emojis, ou la croix et la bannière du Web. - Pixabay

La validation des emojis incombe au Consortium Unicode, une association chargée de standardiser les caractères présents sur le Web. Son but initial: "coder toutes les écritures du monde", afin qu'elles soient visuellement similaires, quelles que soient les plateformes.

Ils ont récemment rejoint la longue liste des emojis présents sur iPhone. La jambe, le raton laveur, le lama mais aussi la boîte de Petri pourront désormais être intégrés aux messages. Au même titre que leurs nombreux prédécesseurs, ces emojis ont fait l’objet d’une longue et épineuse sélection.

Ces nouveaux emojis Apple ne sont qu'une déclinaison de symboles approuvés au préalable par le Consortium Unicode. Une fois l'emoji adoubé, chaque fabricant ou concepteur de logiciel peut en proposer sa version. Créée il y a plus de vingt-cinq ans, l'organisation américaine a pour but de standardiser les caractères à même d'être diffusés sur le Web, afin de les faire apparaître de la même façon aux yeux de tous. Pour ce qui est des emojis, une liste d'heureux élus est dévoilée au compte-gouttes, chaque année.

Se démarquer par le style

Le 5 juin 2018, 157 nouveaux emojis ont ainsi été présentés. Les finalistes ont en moyenne été conçus un ou deux ans auparavant, avant de passer une série d'épreuves. Tous sont évalués lors des réunions du Consortium, dont les hautes sphères se rassemblent quatre fois par an, dans la baie de San Francisco, terre d'IBM, Apple et Adobe, ou à Redmond, fief de Microsoft. Une cinquantaine d'ingénieurs, linguistes et délégués de grands groupes passent en revue les dossiers remis par les créateurs d'emojis, dans lesquels ils défendent l'utilité de leur création.

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Le Consortium esquisse sur son site l'essence d'un emoji réussi, en fonction de critères bien précis: un fort potentiel de popularité; une signification forte; un "caractère unique", afin de ne pas être confondu avec un autre symbole. Les logos, marques et personnages célèbres sont quant à eux exclus d'office. Le dossier d'emojis de couples interraciaux, présenté en février dernier, reprend un à un ces critères, s'appuyant sur le fait que "17% des mariages les plus récents aux Etats-Unis" entrent dans cette configuration.

Sous réserve de respecter ces règles d'or, tout internaute peut proposer sa propre création, de manière bénévole. "Quand je me suis rendu compte que le fait de proposer un emoji était ouvert à tous, j’ai commencé à me dire qu’il était possible de rejoindre cette grande communauté des activistes de l’emoji", témoigne auprès de BFM Tech Jason Li, créateur de l'emoji lama. "A partir de là, il s’agissait simplement d’en trouver un avec un haut potentiel et le lama s'est imposé à moi."

La première proposition d'emoji lama de Jason Li, dessinée par Aphelanda Messer.
La première proposition d'emoji lama de Jason Li, dessinée par Aphelanda Messer. © Aphelanda Messer

Jason Li précise avoir consacré plusieurs week-ends à son oeuvre numérique et à peaufiner son argumentaire, accessible à ce lien. Entre la première version proposée ci-dessus et celle approuvée, de nombreux ajustements ont été nécessaires. Mais Jason Li avait de quoi défendre son idée:

"Les points les plus vendeurs, si on peut les qualifier ainsi, étaient que notre ami à fourrure, ou un proche cousin, apparaissait sur deux drapeaux de pays d'Amérique du Sud, qu'il faisait déjà partie du clavier d'emojis de Sina Weibo, l'équivalent chinois de Twitter, et qu'il est présent dans des mythes."

Le bretzel comme symbole de la complexité

Même parcours pour Justin Bai, qui a vu deux de ses propositions, le bretzel et le sandwich, approuvées par le Consortium. "Cela m'a pris un jour plein de rédiger chacune des propositions, qui auront mis un an à être approuvées. Pour le bretzel, une bonne partie du travail a été de montrer qu'il pouvait être utilisé de multiples façons, notamment pour symboliser la complexité.
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Pour le sandwich, il a fallu penser à une proposition qui puisse évoquer à la fois un panini, un croque-monsieur, un "bocadillo", un báhn mì vietnamien ou encore les sandwichs au beurre de cacahuètes que l'on peut retrouver aux Etats-Unis. Après ces deux succès, le jeune créateur d'emojis souhaite convaincre le Consortium de retenir son nouveau symbole, représentant une...mouche. En exclusivité, Justin Bai nous donne la première version de son insecte.

L'emoji mouche de Justin Bai, dessiné par Rebecca Blaesing.
L'emoji mouche de Justin Bai, dessiné par Rebecca Blaesing. © Rebecca Blaesing

Pour 2019, le répertoire des emojis s'apprête à devenir encore plus riche. Des pictogrammes représentant une personne sourde, des prothèses de bras et de jambe, une oreille avec une aide auditive, un fauteuil roulant, mais aussi des orangs-outans, paresseux, moufettes, flamants roses, temples hindous et oignons devraient arriver sur nos claviers.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech