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Pourquoi les fausses informations ne vont pas disparaître de Facebook

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- - Money Sharma / AFP

Pour lutter contre les articles mensongers, Facebook revoit la sélection de ses annonceurs. Mais cela ne les empêchera pas de se multiplier sur les fils d’actualité.

Dès les premières heures qui ont suivi l’élection de Donald Trump, Facebook et Google trouvaient une place sur le banc des accusés. Les deux géants auraient une part de responsabilité dans l’incapacité des médias à avoir senti l’émergence du candidat républicain. Ils sont également accusés d’avoir propagé de fausses informations à de nombreuses reprises. Les deux entreprises viennent d’annoncer de nouvelles mesures pour lutter contre le phénomène. Google va interdire aux sites mensongers d’utiliser ses services publicitaires. Facebook a décidé de suivre le même chemin. Des décisions que les deux concurrents n’avaient pas voulu prendre auparavant et à l’efficacité très limitée.

Une ligne éditoriale à la carte

Mois après mois, Mark Zuckerberg campe sur sa position: Facebook n’est pas un média. Pourtant, son modèle économique est comparable à celui de la plupart d’entre eux. Pour lui faire gagner de l’argent, le lecteur/utilisateur doit rester le plus longtemps possible sur ses pages. Mais là où un journal, un site d’information ou une chaîne de TV choisissent une ligne éditoriale, Facebook maximise ses revenus en s’adaptant à chacun de ses utilisateurs.

Il y a les photos du chat de votre cousine, celle de votre meilleur ami en Australie, mais également toutes ces informations qui sont susceptibles de vous intéresser. Dans les faits, vous ne voyez qu’une petite partie de tout ce que publient vos amis et les pages que vous suivez. Ce tri est le fond de commerce de Facebook, qui doit sélectionner ce qui captivera le plus. Pour cette raison, les soutiens de Clinton - largement majoritaires parmi les grands médias américains - n’ont pas vu émerger le succès de Trump.

Mais "ces bulles" ne sont pas le seul effet secondaire de la politique de Facebook. Pour l’entreprise, ce n’est pas toujours la vérité qui paye le plus. Fin octobre, le site Buzzfeed publiait une analyse de 1000 publications de six pages Facebook engagées pour Clinton et Trump. Plus les informations étaient erronées, plus le nombre de partages et de commentaires était important.

Des millions d’électeurs concernés

Toujours selon le site américain, le nombre d’articles concernés est loin d’être résiduel. Des mensonges ont été retrouvés dans 38% des articles pro-Trump et dans 19% des articles pro-Clinton. Au total, les six grandes pages analysées cumulent environ 15 millions de fans. Certaines d’entre elles - comme Occupy Democrats ou Right Wing News - ont un succès comparable à celles de médias “traditionnels” comme le Washington Post. Une partie importante des électeurs est donc concernée.

Google a également manqué de rigueur dans la sélection de ses sources. Concernant les chiffres du vote populaire américain, remporté par Hillary Clinton, le moteur de recherche renvoyait vers un blog annonçant l’inverse. L’information erronée vient du site ultra-conservateur USA Supreme. Google a par la suite reconnu son erreur.

Les restrictions de l’utilisation des services publicitaires de Google et Facebook envers les sites peu scrupuleux n’arrivent donc qu’après de longs mois d’intox. Elles devraient permettre de lutter contre certains sites dont l’unique but est de générer des revenus grâce à la publication de fausses informations.

Mais pourquoi avoir attendu si longtemps? Chez Facebook, tous les salariés ne partagent pas l’avis de leur patron. Toujours selon le site Buzzfeed, des dizaines d’entre eux se sont discrètement regroupés pour établir une liste de recommandations. Interrogé anonymement, l’un des employés admet que l’idée selon laquelle les fausses actualités publiées sur Facebook aient pu influencer l’élection “n’est pas folle”, faisant écho aux propos de Zuckerberg. Il regrette par ailleurs l’inaction du fondateur du réseau social.

Des étudiants corrigent le problème en 36 heures

Une léthargie d’autant plus étonnante que les outils techniques existent. Le site Gizmodo rapporte que les développements permettant d’éviter l’apparition de contenus mensongers sur nos fils d’actualité avaient été entamés au printemps - un travail similaire a été réalisé par quatre étudiants de l’Université de Princeton en 36 heures.

Mais lors de leurs travaux, les équipes de Facebook ont constaté que les publications ancrées à droite étaient davantage concernées que celles de gauche. De peur de heurter ses utilisateurs conservateurs, Facebook aurait finalement décidé de ne pas déployer la mise à jour.

Pourtant, c’est bien au niveau du fil d’actualité que les sites malhonnêtes sont susceptibles de faire le plus de dégâts. C’est principalement par ce biais que s’informe une majorité des Américains, comme des Français. Pour le moment, rien n’a été annoncé à ce niveau. Facebook ne manque d’ingénieurs talentueux. Mais avec les multiples accusations de censure qui se succèdent, la boîte de Pandore est peut-être un peu trop grosse.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech