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Photoshop, allié indispensable des "petits" candidats aux municipales

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Les photos officielles de certains candidats aux élections municipales ont été moquées sur les réseaux sociaux. En cause, une utilisation maladroite de Photoshop, qui révèle bien des choses sur les élections de petite envergure.

À l’heure de dévoiler la fameuse photo du candidat entouré de ses colistiers, certains se sont retrouvés bien embêtés. Pas toujours facile de réunir l’intégralité des membres d’une liste, composée pour certaines de sept personnes et pour d’autres, de dix fois plus. Alors des équipes de campagne ont eu recours à Photoshop. Une pratique qui n’est pas nouvelle. Mais à l’ère des réseaux sociaux, ces montages parfois ratés ne passent pas inaperçus. Sur Twitter, des internautes se sont amusés à les référencer avec le mot-clé #Detourage2020

"Impossible de réunir 29 candidats le même jour" 

Briguer une campagne municipale avec des gens issus de la société civile et dont les horaires ne collent pas toujours est difficile.

“Matériellement, c'était impossible de réunir 29 candidats le même jour à la même heure”, confie à BFM Tech Stéphane Lhomme, cinquième sur la liste menée par Gérard Yvé à Combrit (Finistère).

Leur photo officielle, un peu bricolée, sur laquelle les membres de la liste ont été incrustés devant la mairie de la commune, a été relayée sur les réseaux sociaux. Tout comme celle de la liste rivale “Construisons ensemble notre avenir”, où les candidats sont censés poser sur une plage.

Photo de la liste "Combrit Avenir", menée par Gérard Yvé
Photo de la liste "Combrit Avenir", menée par Gérard Yvé © DR
"C'est très compliqué de regrouper tout le monde. D'autant plus quand une liste veut représenter la diversité d'une ville. Il est presque impossible de faire coïncider cinquante agendas, à une période où il y a beaucoup de choses à faire”, abonde Valerio Motta, ancien directeur de la communication du Parti socialiste. 

Outre l’avantage de ne pas avoir à composer avec les obligations de chacun, ces montages permettent aussi de ne laisser personne de côté.

“Il vaut mieux avoir une photo incomplète plutôt qu'une photo qui va être critiquée. Mais afficher une image sur laquelle il n'y a pas tout le monde peut être délicat”, ajoute celui qui a depuis monté une entreprise de conseil en communication, Nemo Claudit. “Ça peut vexer ou laisser penser que l'on a pas tous ses soutiens. Cela peut être repris, même par une brève en presse locale".

“Fait avec des bouts de ficelle"

Ces montages sont à l’image de la réalité des campagnes de petite envergure. Avec des budgets bien plus réduits que pour les grandes villes, surtout quand les têtes de listes ne sont pas soutenues par des partis. En 2014, le Parti socialiste avait prévu un budget de 2,5 millions d’euros pour les municipales, dont 800.000 euros rien que pour la campagne d’Anne Hidalgo à Paris.

À Combrit, la liste sans étiquette menée par Gérard Yvé ne disposait que de 2.000 euros pour les affiches, professions de foi et bulletins de vote. Il a donc fallu se débrouiller. Le montage est l'œuvre d'une membre de la liste, étudiante en BTS communication. Vivant en dehors de la commune dans le cadre de ses études, elle n'a pu s'y rendre pour la photo de groupe.

“L'imprimeur a ensuite arrangé l'ensemble pour faire un montage correct. Les trois listes de la commune l'ont fait", assure Stéphane Lhomme.

“Tout est souvent fait avec des bouts de ficelle. Il y a des moments où ça se voit", ajoute Valerio Motta, qui conclut: "c'est la France des salles des fêtes, des petites associations, ce n'est pas la communication politique telle qu'on peut se l'imaginer dans les séries."

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech