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"On a appris à célébrer un culte sur YouTube en 48 heures”: les églises s’organisent face au confinement

Eglise Saint Francois-Xavier à Paris, le 4 avril

Eglise Saint Francois-Xavier à Paris, le 4 avril - Ludovic MARIN / AFP

Pendant le confinement, prêtres et pasteurs s'arment de smartphones pour retransmettre en direct des messes et des cultes 2.0. Devant eux, les bancs sont vides mais les fidèles sont bien présents derrière leurs écrans.

Les portes des lieux de culte demeurent ouvertes mais les rassemblement y sont interdits depuis le début du confinement. Pas question pour autant de la mettre en sourdine. Des prêtres et pasteurs ont trouvé en la technologie un moyen de conserver le lien avec leurs fidèles. Des messes et des cultes sont désormais célébrés en direct sur YouTube ou Facebook, et des conversations WhatsApp contribuent à réunir virtuellement les membres d’une même communauté. 

“En 48 heures, on a appris à célébrer un culte sur YouTube” 

“Une semaine avant l’annonce du confinement, nous nous sommes demandés comment continuer dans le cas où l’on ne pourrait plus se réunir tous ensemble physiquement”, explique à BFM Tech Rafi Rakotovao, pasteur de l’Église protestante unie de Créteil.

Tout s’accélère quand les mesures deviennent officielles. “On a acheté une caméra et, en 48 heures, on a appris à célébrer un culte sur YouTube”, s'amuse le pasteur. “Heureusement, des membres de la communauté s’y connaissaient et nous ont aidé”, ajoute sa femme Mary Rakotovao, également pasteure.

Culte protestant youtube
Culte protestant youtube © Capture d'écran de la chaîne Temple Protestant Créteil

A Lyon, le diocèse était déjà coutumier de l’exercice. “Ça fait longtemps qu’on a notre chaîne YouTube. On retransmettait déjà des célébrations, c’était naturel de nous adapter pendant le confinement”, explique Joséphine Brun, chargée de la communication du diocèse.

Mais les curés des petites paroisses s’y sont mis aussi, armés de leur smartphone. “Ils ont beaucoup progressé au fil des semaines au niveau du cadrage et de la prise de son. C’est admirable, vraiment. Certains ne l’avaient jamais fait !”, se réjouit Joséphine Brun. 

L’église Saint-Louis, dans le 7ème arrondissement de Lyon, diffuse toutes les messes et les offices sur Facebook, soit trois rendez-vous par jour. “L’église reste ouverte toute la journée donc il nous fallait un système rapide à installer”, raconte le père Armel Bouchacourt. Un smartphone, un micro et un trépied font l’affaire.

“Ce n'est pas génial pour ceux qui regardent parce que je refais le cadrage pendant la messe et je déplace le smartphone en fonction de ce qui se passe", reconnaît le père Armel Bouchacourt. "Au début, on avait des petits problèmes au niveau du son, donc on a dû racheter un micro. C’est un critère important, surtout pour les personnes âgées". 

Le culte 2.0 séduit les fidèles. “Les retours sont très encourageants. Il y a régulièrement 70 ou 80 personnes connectées en simultané”, se réjouit Rafi Rakotovao. “On est une petite communauté de 50 personnes. Cela veut dire qu’il y a des gens extérieurs qui nous regardent. On a presque doublé notre audience!”. Le pasteur cristelois n’en revient pas.

Un succès, dû, selon sa femme Mary, aux membres de la communauté eux-mêmes: “Ils invitent des amis ou des membres de leur famille à participer. Certains nous regardent de Suède et même de Madagascar!”. Leur chaîne, Temple Protestant Créteil, compte désormais près de 90 abonnés. 

Chatter entre fidèles 

Ces outils servent aussi à préserver les liens entre les membres de la communauté. “Bonjour à tous, contente d’être avec vous”, écrit Françoise sur le chat du culte du dimanche 5 avril, diffusé sur la chaîne du Temple Protestant de Créteil. “Ah Marianne, contente de te voir ici”, lui répond une autre. Cet espace de discussion écrit est essentiel. “C’est vraiment le chat qui leur donne l’impression d’être ensemble”, détaille la pasteure Mary Rakotovao. 

“Ils signalent que telle ou telle paroisse est là. C’est super de voir ça”, abonde Joséphine Brun, du diocèse de Lyon. Pendant le confinement et particulièrement à Pâques, les fidèles se montrent très reconnaissants.

Diocèse de Lyon
Diocèse de Lyon © Capture d'écran de la chaîne YouTube du diocèse de Lyon

Des groupes de discussion WhatsApp 

Sur internet, comme lors des messes habituelles, toutes les générations sont réunies.

“Il ne faut pas croire, les plus anciens sont habitués à ces outils pour garder le contact avec leurs petits enfants”, sourit Joséphine Brun. “La fracture numérique touche aussi des générations plus jeunes, avec moins de moyens. Pour nous, c’est difficile de se dire qu’on se coupe de ces personnes, qui sont très vulnérables”. 

Les discussions de groupe trouvent tout leur sens en cette période de confinement. À Lyon, un réseau WhatsApp de solidarité entre les paroissiens a été créé pour l’occasion. “Ça sert quand quelqu'un a besoin d’une boîte d’oeufs ou ne peut pas aller faire ses courses”, explique Joséphine Brun.

Un peu plus au nord, à Créteil, la petite communauté de 50 personnes s’est aussi dotée d’un groupe de discussion pour ne laisser “personne seul et isolé”. “C’est un grand réconfort. Certains travaillent dans les hôpitaux, ils sont au front et ils se sentent très soutenus grâce à cela”, affirme Rafi Rakotovao.

"On ne pourra pas arrêter" 

Le couple de pasteurs s’est même mis à Zoom, un outil de visioconférence, pour continuer à faire les réunions d’école biblique, le catéchisme ou le partage de prières.

“Là aussi, on note davantage de participation que d’habitude”, s’exclame Rafi Rakotovao. “Finalement, ça les arrange parce que c’est souvent le soir et le week-end!”. 

Difficile d’imaginer raccrocher après tout ça. “On n'en a pas vraiment parlé. Mais entre nous, on se dit qu’on ne peut pas arrêter maintenant vu toutes les nouvelles personnes qui nous ont rejoint”, hésite sa femme. Du côté du diocèse de Lyon, c’est certain, il faudra abandonner la diffusion systématique des messes. 

“Le mot église vient du grec ecclesia qui signifie l’assemblée. Mais le rassemblement est avant tout physique et fraternel”, explique Joséphine Brun. Par contre, dans les deux cas, les discussions WhatsApp devraient subsister. La distanciation sociale a finalement réussi à resserrer certains liens. 

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech